ACTE II, SCENE VI
DUCLOS
Mais votre amour enfin! vos aveux en font foi.
ARMAND
Sans doute : après l'honneur, Cécile est tout pour moi.
DUCLOS
Eh bien! peut-on parler contre celle qu'on aime?
ARMAND
On doit pour l'équité parler contre soi-même.
DUCLOS
Je ne vous mettrai point à cette épreuve-là. Je vous excuse; mais un autre plaidera.
ARMAND
Un autre! en ce moment! le pouvez-vous encore, Sans que ce nouveau choix, monsieur, me déshonore?
Si jç vous satisfais et vous crois innocent, N'est-ce donc pas assez? n'êtes-vous pas content?
ARMAND
Non, je ne le suis pas; non, je ne saurais l'être. Qu'importe un vil salaire avec le nom de traître ? Qu'importe que je sois innocent à vos yeux. Si ma honte est publique et me suit en tous lieux? Pensez-vous, sur ce fait aussi brusque qu'étrange , A la malignité pouvoir donner le change? Vous m'avez pour plaider fait venir tout exprès, Mt sans avoir plaidé je m'en retournerais!
Depuis long-temps partout on parle de l'affaire;
Mes mémoires pour vous courent la France entière;
Et vous m'exposeriez à l'affront inouï
D'être congédié pour vous avoir trahi !
Ah! s'il me faut subir une telle infamie.
Que plutôt mille fois on m'arrache la vie.
DUCLOS, à part, (haut.)
Ce diable d'homme ! . . Eh bien î. . nous verrons. . . quelque jour. . .
ARMAND
Quelque jour! Aujourd'hui.
DUCLOS
Non; je prierai la cour De remettre l'affaire.
Au point OÙ nous en sommes!
O le plus méfiant!... le plus cruel des hommes ! Vous risquez de la perdre.
DUCLOS
Eh! mon Dieu! je le sais ; Mais je risquerais plus si je vous la laissais ; Je connais trop l'amour et la faiblesse humaine.
ARMAND
Croyez qu'autant que vous j'ai redouté la mienne. Et savez-vous, monsieur, ce qu'il m'en a coûté? Combien j'ai combattu? combien j'ai résisté? J'ai vingt fois été près de vous rendre vos pièces.