ACTE III, SCÈNE IX
MARIE
S'il VOUS donne le sien , qu'est-il besoin du vôtre ? Croyez- vous que son nom n'en vaille pas un autre ? Vous êtes sans famille? eh bien! c'est pour cela : Prenez un bon mari qui vous en donnera.
DUCLOS
Que sa noble fierté me touche et m'inte'resse ! Vous l'épouseriez donc si vous étiez ma nièce?... Mais vous ne Têtes point.
CÉCILE y avec impatience.
Qui suis-je donc? hélas !
DUCLOS
Je ne sais... je voudrais... mais vous ne l'êtes pas; Car vous Tauriez prouvé.
CÉCILE, lui donnant une lellre.
Lisez donc cette lettre Que si souvent en vain j'ai voulu vous remettre !
DUCLOS , considérant la lettre.
Ciel! elle est de mon frère!... « A Cécile Duclos. )>
MARIE
Ah!
ARMAND
Pourquoi donc l'avoir cachée aux tribunaux?
Vous allez le savoir.
DUCLOS, lisant.
« Ma CHÈRE ENFANT,
«Mon frère, coupable comme moi de la faute qui « m'a perdu... »
(s'interrompant.)
Il est trop vrai!
« Mon frère , coupable comme moi de la faute qui m'a a perdu, a craint, et je l'ai craint aussi, que la plus lë- « gère correspondance entre nous ne lui fît partager «mon exil. Il faut cependant, comme il a toujours « ignoré mon mariage, que, si je meurs, il puisse te « reconnaître pour ma fille. Remets-lui donc ce billet, « mais loi-même, mais à lui seul, et sois sûre que tu a trouveras en lui Toncle le plus tendre, etc. »
Ma nièce!
Cet écrit me perdait, sans ta délicatesse.
CÉCILE
Eh! puisqu'd vous perdait, pouvais-je m'en servir?
(Duclos l'embrasse.)
Mais donnez-le-moi.
(Elle veut reprendre la lettre pour la déchirer.) DUCLOS, l'arrêtant.
Non ! tu veux anéantir Le titre le plus fort et le seul qui te reste, Et que t'a ménagé la Puissance céleste ! Cécile! je le garde; il est sacré pour moil Oui, je te reconnais, je le veux, je le doi: D'abord je vais partout te présenter moi-même. Épouse, mon enfant, l'honnête homme qui t'aime. Tu peux seule en ce jour m'acquitter envers lui.
CÉCILE
Mais vous demeurerez avec nous?