SCENE HT
(haut.) J'arrive tard? Mais quoi! j'ai trouve sur ma route Un merveilleux , un fat, qui ne sait rien, sans doute, Et qui juge, proscrit, loue à tort à travers Les tableaux, la musique, et la prose et les vers. Il m'a de ses bons mots assommé plus d'une heure, Et suivi, malgré moi, jusqu'à notre demeure. Aussi, morbleu ! je l'ai gourmande comme il faut.
DESROSTfAIS.
Vous vous plaignez d'un fat? Plaignez-le bien plutôt : Doublement malheureux, dans le monde il éprouve Et l'ennui qu'il y porte et l'ennui qu'il y trouve.
Non , c'est une fureur qui se répand partout :
On n'invente plus rien , et l'on critique tout.
Ah! çà, ne perdons pas notre temps. Votre ouvrage
(regardant Desrosnais.)
N'est pas fini, sans doute? Un joli voisinage Donne lieu quelquefois à des distractions.
Pardon.
DUBREUIL
Que je le voie , avant que nous allions Au Salon.
DESROSNAIS.
Au Salon ?
(à part.)
Eh quoi ! toujours ensemble !
a56 CÂROLINL:,
nUBREUIL.
Gela doit être beau!
CAROLENE , lui montrant son dessin.
Tenez, que vous en semble?-
DUBRELIL.
Je l'avais prévu.
Quoi !
DUBREUIL
Mais cela ne vaut rien.
<;AR0LI]VE, montrant Desrosnais.
Monsieur n'en juge pas ainsi.
DUBREUIL
Je le crois bien ; Tout ce qui vient de vous, il le trouve admirable.
DESROSNAIS.
Vous l'avez dit, Monsieur; rien de plus véritable.
DUBREUIL , considérant le dessin.
Quels traits! quelle maigreur !... voyez un peu ce bras!,.. Des oreilles, un nez, qui ne finissent pas! Enfermez-vous ; sans quoi, toujours mauvais ouvrage.
(à Desrosnais , avec malice.)
Vous, monsieur, pour quelqu'un qui peint le paysage , Vous n'allez pas souvent à la campagne?
DESROSNAIS.
Ah! bon!
Vous croyez?
DLBREUIL , tirant sa montre.
(Viel! midi!... coiu'ons vile au Salon.