‹ Œuvres diversesChapitre 11 sur 69 · A DEUX ENFANS VOYAGEURS · texte numérisé non relu

A DEUX ENFANS VOYAGEURS

Enfin vous l'allez voir ce continent si vaste.

Vous partez dans vos jeunes ans , Quand vos esprits | vos organes naissans ,

Peuvent saisir chaque contraste.

Mais souffrez qu'un vieillard^sans rudesse et sans faste. Par votre aimable accueil dès long-temps prévenu , Et profitant pour vous de tout c& qu'il a vu.

De loin vous montre sur la route

Les dangers qu'il faut qu'on. redoute, L'eiinui , 1 orgueil , et la légèreté. '

Dans chaque empire et dans chaque cité , De voyageurs une foule pullule ; Chacun a sa marotte et tous leur ridicule : " L'un , à la suite .d'un cartel , Qui veut du sang , pour un mot, pour un geste, Bien loin du séjour paternel , Yictbne d'un orgueil funeste, S'en va mourir d'ennui sur les bords du Texel : Un coup d'épée eût été moins mortel.

(I) Les deux fils de M. Antrobus.

L'autre, promeneur solitaire ,

Et voyageur apothicaire, Va chercher sur les rocs, sur la cime des monts , Dans le fond des forêts , dans le creux des vallons , La plante du centaure , ou Therbe vulnéraire ,

Ou le salubre capillaire , Et, fier de son butin lentement recueilli , Revient la tête vide, et son herbier rempli.

Cet autre , préférant les arts à la nature ,

Va chercher la moderne ou vieille architecture :

Il est heureux, s'il sait, à la rigueur.

Combien Saint-Paul a de longueur, Combien tous les temples du monde Le cèdent çn hauteur à la grande rotonde

Qui , s* élevant ecces$U*amcnte , Va porter jusqu'aux cieux le nom de Bramante. En maçon très-chre'tien il a couru la terre , Vu tous les patrons golh9,grecs,gaulois,ou romains. Les templejs .celtes et germaius.

Il part, revole en France, en Angleterre, Il compte en masse, hclas! et souvent en dcflail , La nef d'Amiens, de Reims le célèbre portail , Et du chœur de Beauvais le superbe travail , Et les vitraux de Tours, précieux à l'histoire. Où plus d'une famille a retrouve sa gloire; Les forts de Valencienne et ceux de Luxembourg, Et les rocs dentelés du clocher de Strasbourg ; L'Cscurial. le Louvre, et Saint-Roch, et Saint- Pierre, Leurs châsscs,leurs cercueils, le mur qui les enserre,

La grille dont ils sont enceints ; Enfin ses longs discours, ses rëcits^ ses dessins ;

Pleins d'autel$|de tombeaux, ei de marbre et de pierre^ Même .aux dévots font redouter les saints.

L'autre à bien festîner met sa philosophie ; Où l'on mange et boit, bien est sa géographie ) Il vojage en gourmand ; il compare en chemin La truite de Genève à la carpe du Rhin , Les pleurs du Christ ^ au cru de Ghanfibertin,

Le CalabroiS| le Santorin , Dont un volcan féconda le terrain , Les vins pourris dans les fosses d'Espagne^ . Au vieux nectar qu'eu plus d'uni; campagne Nos grenadiers français buvaient,le sabre en main.

Dans les foudre ^ de l'AHemaghe.

Tantôt son savoir bien nourri

S*en va| d'auberges en auberges , Chercher dans quels climats , sous quel ciel favori,

Les pois nouveaux et les asperges ,

Pour complaire à sa volupté ^ Préviennent le printemps, survivent à Te'te*. Aux champs delà Romagne, aux îles de TAttique

Dans sa gourmandise classique , Il demande encourant le Chio, le Massique Qu'An acre*bn et qu'Horace avaient bus ,

A qui leur verve poe'tique

Paya de si justes tributs.

(1) Lacryma-christi, excellent vin qui se récolte sur le rerera da Vcauve, •

(2) Le Rancio^ du latin rancidus^ parce qa*il màrit dan* des fosses creusées pour le recevoir.

C3) Grands raisseaux qui contiennent plusieurs muids de TÎn.

U veut sawir quel vriiîmo^erne Remplacée Çe'cube, et tient lieu du FaPerne:

Il ne s'etoune pas que les arts soient perdus ~

Depuis que ces vins ne- sont plus.

Il goûte ; il juge tout ^ passe , de^halte en balte , Des vergers deMontreuil aux oranges.de Malte ^ Du lièvre sans gaveur et du fade lapin ,

Nourris des débris du jardin , .

Aux gibiers du midi , dont la eliair.renomnree

Est de lavande et de tbyjn parfùmëe , .

Ou de la bartavelle à h rouge perdrix , ,

Dont l'ëpagneul e'veiite les^^esptits ; Parcourt tous les terroirs en oliviers fertiles^

De Lucque et d'Ai« va coniparerjes huiles , Rapporte enfin chez lui de* indigestions

De tout pays > de tQUtes- nations. .

Tantôt , peu satisfait de nos^êrres françaises , Il s'arrête en chemin , charmé,par un fieaji fruit Dont le parfilm et le goût le s.éduit ,• Prend là' ses repas et ses aises.

La saison ^nit-^lle ? il appelle à grand bruit Ses gens j ses postiUons, fait attç 1er ses chaises^ Et disparaît iout juste avec les fraises.

D'auttes , d^Tavenir/ du présent, peii firappe's, Infatigables antiquaires , Du passe" seul sQnt occupe's ; Dans tes Talions, sur les-wjonls pscarpeV, , Vont déchiffrant des marbres funeVaires, Vont déterrant des urnes cine'raires^ Se pâment sur uii mur bâti par Cice'rl^n / Ou sur un coin du jardin de Néron y

CECT. BIT. 7

7k EWTRES.

D'ecus gtecs oarohlaiii'Si o]a d'i&nliqiies mëoftiHes ^ Ils s'en ront ramassant de» restes curieux ; lU appliquent )a loupe , ils fiatiguent le» jeux Sûr le vert-de-gris précieux De ces* augustes 'antiquailles; Du vorace Vitellius Cherchent les casernes royales , Ou des Tibère ; des Gaïus, Les^cavemes prétoriajes ; Gombleut de leurs aébris dès èhars et des ffiisseaux; Puis^-fier de ces rares morceaux , Pour embelKr leuts scènes romantiques , Ils vont de cet amas de décombres, antiques , De^^oionnes sans -Hase et de vieux chapiteaux ^ Attriéter leUrs jardins; encombrer leurs châteaux |

' Doctes feuillets de4a prèce et de Romci Où logeqt cent consuls ^ et sauvent pas un homme; Antre nobiliaire j âmbjtieux donjon y . • Où f comme les vivanS)4!hez d'Hozier, chezBaujon ^

Les morts inscrits sur leurs registres Présentent en entrant leurs dates et lemrs'litres. Des cartons souslebr^rsi danâ les mains des crajons^ L'autre s'en va chercher loin de nos régions Des ruines , des pajsajges ^ Dessiner quelques monts siruvase^, .

Quelques rochers bizarrement taillés , Et d'arbrisseaux rampans richement Jiabillés, De beaux lointains, et de riches ombrages.

An fond d'un portefeuille il dépose enterres Des champs flétris^ des monts décolorés.

Paj;tout où s est montré ce grand. paysagiste ^ Chaque lieu semble triste

EPITKIES. 75

De voir aînsi 4^sbonorës • ^

Ses bois , ses ruisseaux et ses prës; Â qttî le crajoa dos artistes Na pu laisser ce eiel pur et v^tTS^W^ Ces beaux reflets, et ce soleil , Le plus brillaot des colôrisftesT.

Lui cependant , tout fier de ces ricbès moissojis , Du grand att des Poussin, récoltes poétiques ,

Va bientôt dans d'autres cantons t Pleins de grands souvenirs, fameux par de grands noms. Autour des remparts historiques , Des Augustes et des Qitons , - Reprendre ses courses classiques , Passe de^ égoûts de Tarquin A cette fontaine chérie Du grand législateur con&dènt d'Eg^ie , A la tombe où dormait Scipioa T Africain , .

A la masse du Colisée-* Par un neveu papal «depuis. long-temps brisée ;

Passe en revue et les champs et les monts ; Et, sa docte valise une fois bien remplie.

Il court en France ap|>orter l'Italie , Ses arcs triomphateurs ^vses aqueducs , ses ponts , Et ses temples, et leurs frontons ; Et dit, d'une àme enorgueillie :

• Rome n'est plus dans Rome, élte est dafismes car-

J]tons^. »

L'autre , badaud parisien , Chez le peuple vénitien., ^

(I) Parodie de'oe ren de CornolUe ,'dîtii Serionus : Rome n*e8t pliM dent Rome , elle eiC tonte où je mus. .

A Naplesj| ^d chercher des bals, tles mascarades ,

La bcdedictioii qu'on donne au Vatican ; '

Ailleurs le spectacle d'un camp ,

Des nianaiutFr<^s et des parades;

Ailleurs un beau couronnement ,

Grandet superbe^evénemeiit

Où les étrangers accoururent,

Où trente puissances parorênt; . ,

Quel plaisir,, de retour chez soi,*

©é conter à ses camarades Quel hasard lé plaça tout à. côte' du roi , Les fêtes , les soupers, les dauses , les aubades ,

Les balustres et les arcades ,

Les tribuue^s et les balcons, Combien les AHemands^vidèreptde Hacons !

Du cérémonial de cette gfandc fé'ie

Le fat vous étourdit la tête, Redit chaque dëtail qui flatte son orgueil , Les noms de tous les grands qtH«lui> firent accueil; £t même il a sur lui le ruban honorable Que lui donna la cour dans ce jour memor^ible»

Epris de plus nôlkles o*bjetS|

Des portiques , des colonnades ,

Des danses et des seDerades*;!

Qnt pour vous de faibles attraits.

Page 1