‹ Œuvres diversesChapitre 2 sur 69 · CHEVALIER DE SAINT-MICHEL · texte numérisé non relu

CHEVALIER DE SAINT-MICHEL

A Toccasion d*an bras artificiel qa*il a fait poar an soldat

invalide.

Archîmède nouveau , qui par d'heureux efforts , Pour dompter la nature^ imites ses ressorts ; Qui sers rnumanilë| Ion maître et ta patrie j Ma muse doit des vers à ta noble industrie. Assez d'autres sans moi souilleront leur encens : Qu'ils l'offrent à Plutus, je le dois aux talens. Les talens de nos biens sont la source féconde; Ils forment les trésors et les plaisirs du monde. Sur cette terre aride ^ asile des douleurs , L'un fait uaitre des i'riiiiSy Tautie st me des fleurs. Pourquoi faut-il ^ bclas ! qne notre esprit volage N'uime que le brillant doni nos mœurs sont l'image?

J'aime à voir de Pigal Tindustrieuse main Donner des sens au marbre, et la vie à l'airain. Je dévore des yeux ces toiles animées Où brillent de Vanloo les touches enflammées. Voltaire , tour à tour sublime et gracieux , Peut chanter les héros , les belles et les dieux. Je souris A LanL| qui j bergère ou déesse ^ Fait briller dans ses pas la grâce ou la noblesse.

EPÏTRES. 9

Et toi y divin Rameau ! par tes magiques airs Peins les plaisirs des cieux , ou Thorreur des enfers. Mais serai-je insensible à ces lalens utiles Qui portent Tabondance à nos cites tranquilles ; Qui; pour nous, en touslieux^ multipliant leurs soins^ Consacrent leur génie à servir nos besoins?

Non ; ces arts bienfaiteurs sont respectes des sages ; £t moins ils sont brillans ^ plus on leur doit d'hom-

[mages.

Sans doute ils te sont dûs ^ mortel industrieux ; Oui j tu gagnes mon cœur^ en étonnant mes yeux. Cet art qui , suppléant la force par Tadresse y Fixe la pesanteur , calcule la vitesse ^ Asservit à ses lois et l'espace et le temps ^ Et maîtrise à son grë le feu , Tonde et les vents : Cet art a signalé l'aurore de ta vie; Ton ame Témbrassa par Tiustinct du génie.

Déjà tes faibles mains, que lassait le repos. Préludaient y en jouant ^ à tes hardis travaux. Un astre impérieux nous fait ce que nous sommes , Et les jeux deTen fance annoncen t les grandsbommes : Tel Buffon , dans le sein d'un germe à peine éclos ^ Déjà distingue un tronc, des fruits et des rameaux. Quels prodiges depuis on rempli ta carrière ! Je te suis dans les champs delà Flandre guerrière \ Tristes champs oiiCérès voit naître ses moissons Du sang dont le dieu Mars engraisse les sillons. Là ton art ^ sur TËscaut, pour défendre nos villes , Posait des murs de fer, et des remparts mobiles ^ ,

(I Mactiine de poterne.

Lançait sur l'ennemi des torrens dc'chaîn^s ^ , Ou portait nos soldats sur les flots, c'tonnës 3.

Mais la gloire t'appelle à de plus grands miracles^ : La puissance d'un art s'accroît parles obstacles. C'est par eux qu'un dieu sage^ irritant nos efforts, Nous enchaîne au travail, et nous vend ses trésors. C'est ainsi que ses mains avares et fécondes Ont caché sous la terre, en des mines profondes, Cet or qui fait mouvoir et vivre les états , Et le bronze et l'airain tonnant dans les combats, L'acier qui fait tomber les sapins et lès chênes, Le fer qui de Cérès fertilise les plaines , Et le métal eniin qui , docile à nos lois , S'arrondit en canaux , ou s'étend sur nos toits. L'Armorique long-temps de ce métal utile Dans des vastes marais cacha l'amaft^stérije. Tu parais : l'onde fuit , la terre ouvre son sein , Et ne rend ses tributs qu'A ta puissante main.

Heureux qui sait briller par d'utiles prodiges ! D'autres, féconds pour nous en frivoles prestiges. Osent prostituer à de pénibles jeux Un art qu'à nos besoins ont destiné les dieux. Pour leurs concitoyens que produit leur adresse 7 Ils nourrissent le luxe , ils flattent la moUesse. Oui, dans eux le génie est un enfant badin ; Mais, dans toi, c'est un dieu propice au genre humain.

(i)Ëc1iue8.

(2) Ponts portatifis.

(3) DessèchemçAt de mines^

ËPITRES. il

Tu sentis le pouvoir de ses mains bienfaisantes, Tu les mouilles encor de tes larmes touchantes j Infortune' mortel ! heureux dans ton malheur , Par ses rares talens , plus encor par son cœur t Je crois voir le moment où, des traits de la fondre^ Tes bras au champs de Mars furent réduits en poudre ; Je crois te voir encor, meurtri , de'figur^ , Traînant le reste affreux de ton corps déchire , Te montrer tout sanglant à sa vue attendrie : La pitié qui lui parle enflamme son génie.

O prodige ! ton nras reparaît sous sa main , Ses nerfs sont remplace's par des libres d'airain. De ses muscles nouveaux essayant la souplesse, Il s'étend et se plie , il &'élèyc et s'abaisse. Tes doigts traçant déjà le nom que tu chéris : La nature est vaincue , et l'art même est surpris.

Que ne peut point de l'art l'activité féconde ! C'est par elle que l'homme est souverain du monde. De la nature en vain tu crois naître le roi ; Mortel! sans le travail rien n'existe pour toi. Ce globe n'est soumis à ta vaste puissance Qu'à titre de conquête, et non pas de naissance ; Et lu n'es distingué, parmi les animaux, Que par ton noble orgueil , ton génie et tes maux. Vois l'énorme éléphant , dont la masse elTrajante Fait trembler les forêts dans sa course pesante. Près de ce mont vivant, que sont tes faibles bras? Mais sa force n'est rien ; il ne la connaît pas. Tu peux bien plus que lui; connaissant ta faiblesse , Tu sens ton indigence, et voilà ta richesse.

Déjà l'art t'a soumis l'air, la terre et les mers :

12 £PITR£S.

Déjà je vois éclore un nouvel univers ;

Tes jours soût plus sereins, tes champs sont plusfer-

[tiles ,

Ton corps devient moins faible^et tes sens plus agiles;

Le verre aide ta vue , il découvre à tes yeux ^

Des mondes sous tes pieds^des mondes dans les cieux;

A Taide du levier, du poids et de la roue ,

Des plus pesans fardeaux ton adresse se joue ;

Les forêts, à ta voix , descendent sur les eaux ;

Les rivages creusés embrassent tes vaisseaux ^;

Le ciel règle leur cours écrit sur ses étoiles ;

Le fougueux aquilon est captif dans leurs voîles. C'est par eux que , comblant les goufl*res de Thétis |

Tu joins deux contineus Ton par l'autre agrandis.

Là j.pour unir deux mers , tu perças des montagnes^,

Creusas des souterrains , inondas des campagnes.

Plus Idin , de l'Océan tu reculas les eaux^;

Un empire s'élève où mugissaient les flots,

Tu changeas des marais en des plaines fertiles,

Sur Tabîmé des mers tu suspendis des villes^.

Les mooumens du Nil, vainqueurs du temps jaloux^.

Nés avec Tunivers, ont vécu jusqu'à nous.

Oui, telle est ta faiblesse, et ton pouvoir suprême ,

Les œuvres de les mains survivent a toi-même.

Autour de nous, enfin, promenons nos regards.

(1) Microscope , télescope.

(2) Les ports.

(3) Canal de Languedoc.

C4V Les Hollandais.

(5) Venise.

(6) Pyramides d'Egypte.

EPITRES. iS

Là je vois de plus près, et j'admire les arts ;

Le cjclopç y noirci des feux qui Teavironnent y

Verse à flots embrases les métaux qui bouilloaoent ;

La flamme cuit le vase arrondi sous nos doigts ;

L'acier ronge le fer, oa façonne le bois.

Sur les fleuves profonds me formant une route ,

Des rochers sous mes pas se sont courbés en voûte.

Par les eaux^ ou les vents ^\ au défaut de mes mains |

Le cylindre roulé met en poudre mes grains.

Ici Tor en habit se iîle avec la soie 3;

En des tableaux tissus la laine se déploie^.

Là le sable, dissous par les feux dévorans^.

Pour les palais des rois brille en murs transparens.

Sur un papier muet la parole est tracée ^ . ,

Par un mobile airain on grave la pensée "^ ;

Mille fois reproduite , elle .vole en tous lieux.

Le temps a pris un corps, et marche sous mes yeux^.

O prodige de l'art I sous une main hardie ,

Le cuivre des ciseaux reçoit Tame et la vie ^ ;

L'automate , animant l'ivoire harmonieux ^^,

Forme, sons des doigts morts , des sons mélodieux.

Vois ces doubles canaux où les eaux russeoiblées ,

(1) Moulin à eau.

(2) Moulin à vent,

(3) Travail de Tor-trait.

(4) Tapifiserieft des Gobelins.

(6) Glaces.

(6) Écriture.

(7) Imprimerie.

(8) Horlogerie.

(9) La gravure.

(10) Les figures de Yaucanson.

CEUV. DIV.

14 ËPITRSS.

Pour jàillîr en torrens^ àgrand bruit sont foalëes. Si le feu dans la nuit, i)*rité par les vents, Se roule en tourbillons-dans les palais bhilans, Mille fleuves soudain s'clèvent jusqu'au faîte ^; L'onde combat la flamme , et sa fureur s'arrête. Avec plus d'art encor ces utiles canaux Daos d'arides déserts ont transporte les eaux. Prive de ce secours, le'supeirbe Versailles Etalait vainement l'orgueil de ses murailles. Mais que ne peut un roî ? Près du riant Marlj ^ Que Louis, la nature et l'art ont embelb.

S'élève une machine où cent tubes ensemble Versent dans les bassins l'eau queleurjeu rassemble. Elevés lentement sur la cime des monts , Ces flots précipites roulent dans les vallons , Raniment la verdure, ou baignent les Naïades ^ Jaillissent dans les airs, ou tombenl en cascades. Puisse un jour cet ouvrage avec l'utilité Unir dans sa grandeur plus de simplicité !

Puisse une main avare, avec magnificence | Reparer ou créer cette machine immense; Retrancher des ressorts l'amas tumultueux | Rendre leur jeu plus sûr et plus impétueux; Sans nuire à leur elfet, borner leur ëtendne. Et m'etonner encor sans fatiguer ma vue^ !

Mortels ! de la nature industrieux rivaux , Dans leur majesté simple imitez ses travaux.

Arec le grana Newton | admirant sa puissance ^

(1) Les pompes pour les incendies.

(2) Le vœa du poète est complètement réalisé af^oard'hiii;

Par un rapide essor jusqu'aux cieux je m'élance. Là mon œil voit nager dans Tocéau des airs Tous ces corps , dont Tamas compose Tunirers. Autour du Dieu des tins | tranquille ^lans sa sphère , Les astres vagabonds poursuivent leur carrière. Notre globe , qu'entraîne une commune loi y S'incline sur son axe, et roule autour de soi. La mer, aux temps marques et s'eiève et s'abaisse; La lune croit, décroît, fuit et revient sans cesse : Autour de leurs soleils , que de mondes flotlans ! Un seul ressort produit tous ces grands mouvemens. De la simplicité quel sublime modèle !

Sans elle rien n'est beau ; tout s'embellit par elle. Laurent, oui, tu conilUs cette admirable loi : Tes ouvrages sont grands et simples comme toi. Achève ; et , déployant ta force tout entière , De l'art qui t'illustra recule la barrière :

Tout semble t'ioviter à de nouveaux efforts; La gloire de ton nom t'a conduit sur ces bords Où , de toiM les plaisirs le Français idolâtre, Aux talens qu'il honore ouvre un vaste the'âtre : D'un bout du monde à l'autre assemble tous les arts , Et des peuples rivaux étonne les regards.

C'est là qu'en t'admirant il va te reconnaître. Paris s'est applaudi lorsqu'il t'a vu paraître ; Et ses murs » si féconds en pompeux monumens, Attendent de tes mains de nouveaux ornemens.

Là ,. tandis que , vengeant l'honneur de la patrie^ Le Louvre reprendra sa majesté flétrie ; Tandis que d'un monarque adoré des Français Le bronze avec orgueil reproduira les traits ; La Seine, s'élevant de ses grottes. profondes,

18 fiPITRES.

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