‹ Œuvres diversesChapitre 51 sur 69 · LES ADIEUX DU VIEILLABD · texte numérisé non relu

LES ADIEUX DU VIEILLABD

Fragment récité à ane séance publique de l'Institnt,

le 9 avril I8I2. '

Ah ! que n'aî-je un langage assez tendre , assez doux ! Je conterais comment un véritable sage De la mort autrefois sut adoucir Timage. ' . . > Poète philosophe , il avait'dans ses vers Célébré la nature et chanté l'univers.

L'épouse qu'il aimait , secondant son délire , Joignait ses sons louchans aux doux sons de sa Ijre. Mais pour durer toujours leur bonheur fut trop grand. Elle et quelques amis Tentouraient expirant :

(!) M. Alissan deChazet a composé an Éloge de P. Corneille, OEUV. DIV. - 15».

17a POÉSIES FUGITIVES/

Trop heureux que sa main lui fermât \h paupière ! Sa voix lui confiait, à son heure dernière , Non ces vœux des mourans , reçus par des ingrats , Ces dons trop attendus , ces vains legs du trépas , Ecrits à la lueur des flambeaux funéraires , De la nécessite tributs involontaires , Mais les vœux de son cœur. Dieux ! par quel doux

[transport Il prolongeait ta vue , il reculait la mort!

Ce n'était point l'effroi de ce moment terrible ; Du départ d'un ami c'e'tait l'adieu paisible. « Viens là, viens, disait-il, ô t*oi que j'aimaistant ! Ne pauvre, je meurs pauvre , et j'ai ve'cu content. Mais c'en est fait j reçois de ma reconnaissance Ce peu que notre amour changeait en opulence , Tout ce luxe indigeilt , qui , sous nos humbles toits , Egalait h nos yeux l'opulence des rois.

Vois ces vases sans art : leurs formes sont vulgaires, Mais nos chiffres unis te les rendront plus chères ; Mais ils faisaient l'honnenr Je ce léger festin Qui charmait près de toi les beures du matin. .Hélas î le' ciel ppur moi-né marc[uera plus d'heqres. Reçois donc, disait-il, de Tami que tupleures. Celte iipage du temps , donttu trompais le cours. Puissc-t-elle, après moi, te marquer d'heureux jours î Cette boîte en mon sein si doucement cachée , Qui par le trépas seul pouvait m'êfre arrachée, Et qui, de ton absence adoucissant l'ennui , Sentait battre ce cœur, et reposait sur lui, Détache-la? je souffre à me séparer d'elle ; Mais j'emporte en mon ame un portrait plus fidèle. Le mien serait-il cher à tes tendres douleurs ?

Scra-t-il en secret mouille de quelques pleurs? Ce fidèle animal , témoin do nos tendresses , Qui long-temps entre nous partagea se& caresses, Que j'ai vu si souvent, fier de me devancer.

Reconnaître ton seuil ^ bondir et m'annoncer , Et qui, dans ce moment, les jeux gonflés de larmes, Semble pre'voir ma fin et sentir tes alarmes^ Je le lègue h tes soins. Puisse de nos amours Le doux ressouvenir protéger ses vieux jours ! Vois-tu celte tablette , où sans faste s assemble Ce peu d'auteurs choisis que nous lisions ensemble ? Mon crayon j iharqua les traits goûtés par toi ; Tu ne les liras pas sans t'attendrir sur moi. Tiens, reçois cet écrit, c'est mon pluscber ouvrage ; Tous ces portraits, de moi trop infidèle image , Ne peignent que mes traits : cèlai-cipeintmon cœur. J'y déposai mes vœux, mes plaisirs, ma douleur; Ma défaillante main le fie à ta tendresse.

Dans cet ccfjtsi cher, c'est n^i que je' te laisse , C'est moi qurme survis : un sévère destin^ Hélas ! avant le temps , l'arrache de ma main ; Mais il devra le jour à des mains que* j'adore?. •

ÉPITRE DE POPE (i),

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