‹ Œuvres diversesChapitre 52 sur 69 · AU DOCTEUR ARBUTHNOT · texte numérisé non relu

AU DOCTEUR ARBUTHNOT

Jean y qu'on ferme la porte , et qu'on la barricade ; Qu'on mette les vBrroux ; dis que je suis malade ^ Bis que je suis mourant, dis que je ne suis plus. Dieu 1 quels flots de rimeurs près d'ici répandus! Mon œil épouvanté croit voir sur cette place Tout t^hâpital des fous , ou bien tout le Parnasse. Les vois-tu y récitant, courant en furieux , Un papier dans les ^^ains , et le feu ^ns les. jeux ? Contre ce vil essaim , qui fourmille sans cesse , Quel rêmpatt assez sûr y quelle ombre assez épaisse? Il m'attaque par terre y il m'assiège par eau «

(I) Cette épitre, qui sert de prologae aux satires de Pope, et qai devrait plutôt se trouver à la tête de sa Dunciade, est elle-même une excellente satire. Pope avait confié an lecteur Arbuthnot son projet de ridiculiser dans nn poème tons ces écrivaiUeurs qni le poursuivaient dana leurs écrits. Arbuthnot, redoutaUt, comme médecin, le mauvais effet de ces querelles, et , comme ami , la vengeance de la cabale puissante que Pope allait susciter contre lui , chercha à le détourner de son dessein. Il persista par les motifs rapportés dans cette épitre^ Elle Alt composée à différentes époques , par morceaux , la plupart dictés par l'occasion, et qni ne fUrent réunis que lors de la publication des satires.

Se glisse dans ma grolte , investit mon berceau, Inonde mes bosquets , borde mon avenue , Me poursuit dans IVglise, et m'atteint dans la rue; Ou presse' par la faim , pour mieux m'assassiner, M'aborde justement à l'heure du dîner.

Est -il un vil rîmeur, dont la verve grossière Exhale en plats e'crits les vapeurs de la bière ; Eslril ifd. grand seigneur, auteur de petits vers, Un poète en jupon, qui rime de travers; Un clerc encof poudreux , qui," de'scrteur du ct)de, Sache, au lieu d'un contrat, me griffonner une ode ; Un fou qui renferme sans encre et sans papier, Ait charbonne' de vers les murs de son grenier? TousvieBBeiitro'assaiUir, dan&leursfureursëtranges.

Outres de ma critique, ou fiers de mes louanges.

Arthur voit-il afes fils ne'gliger le barrçau ?

Ce sont mes maudits vers qui troublent leur ccrVeau.

Et le pauv^^omps, trahi par ce qu'il aime.

S'en prend ftux beaux esprits, à ma muse, à moi-même!

Toi , qui sauvas mes jours, toi , ^ans c^i Tunivers Et pour et contre moi n'eût poiai vu tant de \tora, Quel remède contre eux? Commeut^ir Qptte peste? Parle : lequel, pour moi crois^tu le pnis fbneste. De la haine des sots bu de leur amitié? , i

D'un et d'autre coté, que mon sort lait pitié! Amis , je crains leurs vers; ennemis, leurs libelles : D'une part de l'ennui , de l'autre d^s querelles. On trappe : c'est CodruS 1 .Je suis mort. Le bourreau. Pour me lire ses vers, me tient sous le couteau. Force de les juger, connai*-tu ma misèîe?

Moi , qui n'ose mentir, et qui ne puis me taire,

nu TRADUCTlOîtô.

Hire aux veux de l'auteur serait trop inhumaio :

Ecouter ae saag-froid , je Tessalrab eu vaio.

Quel toÎMineutl Je m'assieds ; Composant mou visage.

Poliment je m'ennuie ^ en silence )'«nra^e ,

Et lâche enfin ces mots très-peu ss^tisfaisans :

« M'en croirez-vous? Gardez votre pièce neuf ans.

— Neuf ans! crie un auteur force de faire un livre |

Et par besoin d'e'crire, et par besoin de vivr^,

Qui , dès le point du jour, rime entre deufx'rideaux,

Dont le tendre ze'phyr, caresse les lambeaux ;

Vous blâmez donc mes \^ers? Je vais vous les remettre.

Ajoutez, retranchez; Vous m'y verrez soumettre.»

«Deux grâces sBulemelit, dit l'autre, et rien de plusi Votre amitië d'abord.; — Et'puis quoi? — Cent e'cus. •

« Monsieur, Usez ces mots que Dapion vous adresse :

Vous connaissez le duc; parlez à son altesse.

— Mais ce Damon, monsieur, m'a cent fois outrage.

— Ah t par son repentir vous étéâ biéii-yengë;

ISe le refusez pas : sa haine est redoutable.

Il écrit un journal, Curl^ l'invite à sa table.»

Bon! d'où vient ce paquet? J'ouvre et je lis ces mots :

• C'est un dr^me, monsieur, nouvellement e'clos.

L'auteuf veut se cacher attendant qu'il prospère; »

A ce pauvre orphelin baignez servir de père,»

Si je dis qu'il* estmal, Dieu saitquelles fureurs!

Si je dis qu'il est bien : « ParJez^en aux acteurs. »

Je respira à ces inots. Grâce à certaines rimes.

Vos historiens et moi , ne sommes pas intimes.

La pièce est refusée. Outré de désespoir :

(I) Libianc de Londres.

• Morbleu î dit-il, je veux Timpriiner dès ce soir. — Parlez-en à Liutbt. — Lui! ce fal de libraire. En l'imprimant ^ra^i5 , croira dc^jà trop Faire. — Eh bien, retouchez-la. — Je suis bien importun Mais, me dit-il tout bas, le gain sera commun.» A ces mots , je léchasse : et, lui rouvrant la porte : «Vous et vos vers, monsieur, de grâce, que l'on sorte. •

Quand du plus opulent et du plus sot des rois

L'oreille s'allongea pour la première fois,

Son n^istre iiidiscret (d'autres disent sa femmo^^

Plutôt t\Kxe de se taire , eut cent £ois rendu l'ame.

Le secret (ut trahi : le garderai-je mieux ,

Moi , qui vois tant de sots en'porter à mes jeux?

m Mudérez-vou^ , souvent l'indiscrète parole

A des .échos tout prêts : le mot léger s'envole.

Et les mots<echappés ne reviehnent |nnais i.

Laissons l'âne montrer ses oteiiles en paix.

— Quelmal peut-il vous faire,et quel si grand des ordre?

—Quel mal il peut me faire! il peut ruer et mordre.

Ces sots sont des mëchaus ; pour trahirJeurs secrets,

Je nuirai point les dire aux roseaujb indiscrets.

Moi-même à haute voix , j'en instruirai la terre :

Un sot ne reste en paix que loisqû'il craint la guerre .

Je vous parais cruel; retenez bien ce mot :

Die tous les animaux le plus dur est tui sot. • -

lulrepide Codrus , les loges , le pai^terre, Par d'aiTi eux siniemeas te déclarent la gue^e ; Un rire inextinguible, un rire universel, Éclate autour de toi , comme autrefois au ciel (I) !N>scit vox fnïs&a revei'li.

Quand Vulcain , tout froisse .de sa chute funeste , Tratnait'un^pied boiteux devant la cour céleste ; Ton dr^meaussi succombci et ta pièce est à bas. Quel tumultCi grands dieux! quel norrible fracas I Inutile tempête! en vain Forafife gronde !

Codrtis^ sans s'ébranler, verrait crouler le monde : Son cœur depuis long-temps s'endurcit aux revers. C'est le sage qu'Horace a décrit dans ses vers. Vois filer dans un coin cet animal infâme ; Que Ton brise sa toile, il renoûra sa trame.

Confondez les discours de ce vil rimailleuri Il revient à Touvrage, avide éorivatUeur; Et, fier d'un vain tissu yqui d'un souffle s'envoie. L'insecte^admÎTe en paix son ouvra^ frivole.

Mais quels sont donc mes torts? Qu'ont perdu tous

[ces fous?

Ce poète a-^t-il moin« son sourire jaloux?

JVf ilord ce fier sourcil où son orgueil éclate ? Cibber sa courtisane et ce seigneur qu'il flatte ? Henlej desa canaille esùil rooms l'orateur?

Moor de ses francs-^maçoos le zélé sectateur? Bavius n'est-iltpFus admis à cette table 7 Ce prélat trouve-t-îl Philis moins admirable ? Sapno'..... Bon dieu,- paix donc! De pareils ennemis. . . — Ah ! je*orains plus encor de semblables amis. Alors qu'il vous outrage un sot n'est pas à craindre; C'est lorsqu'il se rcpent qu'on est le plus à plaindie. L^un me dédie un tome , et son ton empesé , Plus (fie cent ennemis , m*a ridiculisé ; L'autre, la plume en main , chevalier de ma gloire, Pour moi, contre un journal, dispute la victoire. L'autre vend mes écrits lâchement enlevés.

L'autre cric après moi :«SouscrîveZ|' souscrivez! » Plusieurs de mon cofps même admirent la disgrâce. « Ovide eut votre nez; vous' toussez comme Horace; Alexandre portait Tepaule comme vous f Vos jeux... —Bon : mesamis^ cet élpge est bien doux. Ainsi d.e ces mortels , fameux par leur mérite^ Ce sont prëcisement les défauts que j -heVite. Quand. je languis an lit^ ditc^s^moi poJiment : « Virgile reposait comme vous just^ent ; »

Et quand j'expirerai^ contez-moî| pour me plair^^ Qu'autrefois, comme moi, mourut le gtind Homère . »

Ciel ! quel Oàcheux démon m'a mis la pluow en main? Que de papier perdu dans..nn méliér si vaiii 1 Dès le berceau' (combien la nature e^t poissante?) Je bégayais des vers d'une voix innocente.

Age heureux, où Ton sent des plaisîss sans douleurs. Où, sans craindre d'épine, on recueille des ^nrs! Mais dû moins, en rimant, j'ai suivi mou génie; Je n'ai point de moji père empoisonné larie : Ma muse ne m'apprit qu'à- chanter la vertu ; Qu'à surmonter les maux dont je suis combattu ; Qu'à bénir tes bienfaits, tendre ami que j'honore; Qu'à supporter celPjours que tu soutiens encore. Mais pourquoi, dira-t-on, vmis imprimer? Pourquoi! £h ! qui n'aurait été séduit ainsi que moi 7 Walsb , ce fin connaisseur, le délicat GfandA^ilk*, M'ont dit : « Vous charmerez et la cour et la vilic. Garth , le gçnéreuxGarthi daignait guider'mes pas; Congrère sie louait, Swift ne me blâmait pais^ ScheiBeld , Talbot , Somers*, consentaient n me lire; Le grave Atlerbury m'accordait un sourire;

Et Bolîabrokêy ami de Drjden vieillissant , Embrassait avec joie un poète naissant.

Heureux mes vers, déplaire à leur esprit sublime! Mais plus heureux l'auteur, de gagner leur estime 1 Par eux y on jugera mon cœur et mon esprit.

Eh ! que m'importe, aptes, ce qu'un Burnet écrit? Rappelle-toi l'essor de ma muse oQvice.

Elle n'osait encor livi^er la guerre au vice ; Elle peignait ties flenrs, des vergers, des ruisseaux, .^ui pouvait s'offenser de ces rians tableaux? Tj^ildo{i pourtant, dès lors, outragea ma personue. « Il veut dîner, me dis-je, hélas! je lui pardonne.»

Qu'un censeur, moins fougueux, critique mes écrits^ S'il dit vrai , i^an profite j et , s'il a tort, j'en ris. Mais je connais trop bien nos braves Aristarques , 'Stériles en géoie, et féconds en remarques ; Lé zèlc) le travail , la mémoire , ils ont tout. Excepté du bon sens , de Tésprit et du goût.

Ils savent à propos-, placer une virgule ;.

Pas un accent n'échappe à leur docte scrupule ; Un mot , une syllabe épuise leurs efforts.; Ils jugent les vivans , il commentenjt les morts ; Et, par l'éclat d'autrui, dissiptut leurs ténèbres , Joignent leurs nomSobscursaux noms les plus célèbres. Tel le chêne soutiéui l'arbuste dans les airs \ Tel l'ambiT offre à nos jeux de la paille et des vers. Mais que d'auteurs choqiWs! J'approuve leur murmure J.e les appréciai ; c'e^tsans doute une injure. Damon , que j'ai loué , n'est pas conlcut de moi. Hélas ! c'est que Damon est trop content de soi. Pour louer un auteur, il qous faudrait connaître

TRADUCTIONS.. i7i)

Non pas lout ce qu'il est,raaisloutcequ'ilcraitelrc. Les beaux esprits ainsi que l«s vieilles beautés, Trouventleursporiraits faux, s'iisnesont pas (lalté's. L'un , en un faux sublime ^ égare sa peùsëe , £t nomme poésie une prose insensée ; .

L'autre , faux bel esprit f tient mon esprit tendu.. Veut être devine' , mais jamais entendu ; L'autre des vers d'autrui s'est enrichi sans honte , Traduit , pour un ecu , quelque insipide conte , De son étroit cerveau tire vingt vers par an , N'e'crit que pour prouver qu'il était sans talent , Revêt de 'cent lambeaux une muse postiche , Pille , de'pense peu, mais n'en est pas plus riche. Cependant , si ma muse à ces tninces auteurs Veut bien donner le nom d'heureux compilateurs , Quels cris! Oui, disent-ils, dans sa fureur extrême , 11 lancera ses traits contre Addisson lui-m^me. » Ëh bien ! qu'ils meurent donc dans leur obscurité*.

Mais repre'sentez vousuae'crivaih vanté, ! '

Plein de grâce et d'esprit, sachant penser el vivre , Charmant dans ses discours, sublimé dans un livre; Partisan du bon goût, amoureux de l'honnrur; Fait pour un nom célèbre, et ne pour le bonheur; Mais qui, comme ces rois querôrie'nt révère, Pense ne bien régner qu'en étranglant son frère, Concurrent dédaigneux , et cependant jaloux, Qui , devant tout aux arts , les persécute en vous ; Blâmant d'un air poli, louant d'un ton perfide ; Cherchant à vous blesser, mais d'une niîy^i timide ; Flatté par mille sots, .et redoutant leurs traita; Tellement obligeant, qu'il n*oblige jamais;

Dont [à'iiaine caresse , et le souris menace ; Bel esprit à la coQr^ et ministre au Parnasse f Faisant d'une critique une affaire d'état ; Ainsi que son hëros^, dans son petit sénat y Re'glant le peuple auteur, tandis qu'en son extase

Tout le cercle ébahi se pâme à. chaque phrase

Parle ^ qui ne rirait de ce portrait sans nom ? Mais qui ne pleurerait , si c'était Addisson ? Et qui n'aurait pitic du contraste bizarre D^unè ame si commune et d'un talent si rare ?

IVles e'crils^ je l'avoue ^aE&chës en ces lieux , Etalent sur nos murs leurs titres orgueilleux ; Et deux cents colpor te.urs, au lecteur qui s'empresse. Les vendent tout tnouilies au sortir de la presse. , Mais me voit-on , boufE d'une iblle hauteur^ Vouloir, en souverain, régir le peuple auteur? A ce peuple importun , eocor plus que risible , Tel qu'un sultan altier, je me rends invisible. Après les vers nouveaux je ne vais point courir , • Sans savoir s'ils sont nés , je les laisse mourir. Je ne vais point; trottant au travers de la ville , Colporter des couplets y reprendre un vaudeville ^ Remettre à l'imprimeur un écrit clandestin, Des drames nouveau-nës décider le destin , Une orange à la main soulever le parterre , Dans l'ombre d'un café reTormer l'Angleterre : Las de prose , de vers , de Muses , d'Apollon , J'abandomie à Bardus tout lé sacre vallon.

Tel qu'Apollon, assis sur la double colline ,

M^Caton.

LVpais Bardus s'ëtale avec sa lourde mine ; Trente rimeurs ffagës îe parfument d'encens ; Mécène et lui déjà vont de pair dans leurs chants. Son cabinet , orne d'un Pindare sans tête , S'ouvre indifféremment à tbùt mauvais poète.

Chaque auteur de son goût vient recevoir la loî^ < Demande ses^yîs, et surtout un emploi ; Admire ses tableaux et sa magnificence , Et^ pour dîner un jour^ pendant un mois l'encense; Mais ; he'Ias ! il commence à devenir frugal : Les uns d'un froid ^loge ont le maigre régal; D'autres, ont pour leurs vers quelque froide louange; D'autres > plus maltraités, ont les siens en échange;^ A ses yeux , que toujours le vrai talent frappa | Dryden , qui le croirait? Dry den seul échappa. Mais un grand , éclairé , tôt ou tard se détrompe : Si Dryden meurt de faim, on l'enterre avec pompe.

Oh ! puissent désormais tous ces vils protecteurs Grossir leur triste cour de tous ces vils auteurs! Que tout rimeur à gage ait une maison prête ! Que tout patron stupide ait un client plus bête ! Ainsi , tandis qu'un sot pour un fat rimera , Tandis que la bassesse à l'orgueil se vendra, Tous ces fous, loin de moi, Riront l'un après l'autre. O grands! mon inte'rét s'accorde avec le vôtre : Je nais la flatterie , et vous la bonne foi ; Gibber rampe chez vous, et Gay ve'cut chez moié Ciel ! fais-moi I comme Gay, vivre et mourir sans ■^ ' [maître!

Savoir vivre et mourir , c'est le seul art peu(-être#^ Puissé-je, indépendant de l'univers entier , Paraître noblement dans un noble métier, OEUV. DIT. 16

182 TBADUGTIONS.

Vivant pour mes aipU, existant pour moi-même, Lisant <re qui me plaît, et voyant ce que j'aime, Du ^qu^n qui prolèce implacable ennemi i Mais auï cnmflsqu^quefqis c|ounant le nom d'ami! Non, jen^'tais point ne pour les grandes, affaires : je. crains Dieu, n^e dois rien, récite mes prières ; Je dors, grades au ciel, sans ripoeten rêvant ; Eh ! sais-je si Deunys est ou mort ou vivant ?

«Qu'allez-vous împrim€r?»vienl-on squvent me dire. Ciel ? n'e'tais-je donc fait que pour toujours écrire ! Insensé ! n*ai-je donc rien de mieux à songer , Point d'amis à servir , de pauvre à soulager !

a J'ai trouvé Pope et Swift enfermés \,ète à tête , Ditl'indiscretBalbus; quelque chose s'apprête.» j'ai beau lui protester. « Eh! non, je vous connais : Voire verve, dit-iï, ne s'épuise jamais. »

Et la première horreur qu un m#ch9UV distribue , Ce connaisseur profond d'abord w^ l'attriJ^ue.

Hélas! malheur au vers )e plus harmonieux Qui blesse l'innocent d'un trait calomnieux ; Dont la pudçur rougit , dont la vertu s'alarme i Qui peut de deux beaux jeux arracher une larme ! Me confonde le .ciel , si l'on voit mes discours Des jours d'un honnête hpmme empoisonuer le cours ! Mais ce méchant fléau des vertus les plus bçlles. Qui compose dans l'ombre, ou répand des libelles, Qui déchire avec art , mais avec cruauté , Le talent haalheifrcux, l'iudii^eqte beauté ; Ce grand qui , près de^ rois, adulateur servile , Sous un nâban d'azur me cache uue ame vile ;

Ce fat qui me protège avec an air si vain ; Qui, vanlant mes .écrits, néglige Témyain j Qui > n'osant me défendre idors que l'an me blessci Me voit par vanité , me trahit par faiblesse j ^ Qui, s'il n'est pas méchant y est du moins indiscret \ Qui donne un ridicule , ou révèle un secret ; Qui , prêtant à mes vers des tournures malignes ^ Va dire aux grands: «C'est vous que l'on peint dans

[ces lignes : »

Voilà ceux qu'à mes piedk je veux voir abattus : Je suis l'effroi du vic<e, et l'appui des vertus.

Que Sporus tremible ! — Qui ?iCeUe cbélive espèce, Automate de soie , extrait de lait d^linesse , Chenille que colore un brillant vermillon?

Quoi ? faut-il /fens là liier noyer un papillon? — Du moins^ écrasez donc cet orgueilleux insecte, Ce ver , aux ailes d'or, qui tne pique et m'infecte; Qui, formé dans la fange, et fier de ses couleurs, De la société ôétrit toutes les fleurs ; Parcourt , en bourdonnant , le Pinde et les melles, Mais sans goûter les arts, mais sans jouir des belles : Ainsi, dans le gibier qu'il mordille en grondant , L'épagneul bien dressé n'ose imprimer la dent. Son sourire étemel annonce une ame aride :

D'un ruisseau peu profond ainsi l'onde se ride. Mannequin animé par le soufHe d'autrui , Il ne pense , il ne sent , ne jnge point par lui ; Dans chaque pas qu'ilfait, diaqne mot qn'il proftre, On reconnaît le fil et fa main du compère.

Aux discours des savans méle-t-il son caquet ? Parmi l'oi' des moissons on croit voir un bluet^

iSU TRADUCTIONS;

Voyez de. mille excèff ce bizarre assemblage ;

Sérieiisement fou , ridiculement sage ,

Par des moyens obscurs courant après T^clat;

Qui put n'être qu'un sot , et voulut être un fat ;

Courtisan p^dantesque, et pédant petit-maître ^

Dégradant ce qu'il est par tout ce qu'il veut être ;

De J^' société brillant cainéiéoii ,

Socratele matin ^ lé soir Ânacréop :

A force d'agrément, parvenant à déplaire^

Ayimt toujours un rôle ,. et pas, un caractère.

Sa gravité déplaît ; sa légèreté pèse ; Lui-mémè est une plate et risible antitbèse } Une espèce amphibie ^ équivoque animal , Avantageux et Las/doucereux et brutal ; Tour à tour grand seigneur t>u petite maîtresse ; Mignardcomme une fille, ou fier comme une altesse ; Frivole par l'esprit , infâme par le ccteur , Pat auprès d'une femme , auprès des rois flatteur. Belle Eve, ainsi l'on peint ton séducteur funeste ^ Ange parla figure. ^ et serpent par le reste : C'est un être choouant| même par sa beauté , Affable par orgueil y rampant par vanité. .

Libre 4'ambition y insensible aux jricbesses, Courageux sanshauteur, complaisant sans bassesses ^ Voilà le vrai poète ; il plaît , mais noblement : De l'orgueil d'un ministre il n'est pas l'instrument. Flatter y mêmele^ rois, à ses yeux est coupable; De mentir, même en vers , sa bouche est incapable. Chez lui la, poésie est plus qpe de vains sons; La sublime morale ennoblit se^ chansons :

Il fait briller le vrai dans la fiction même :

Ce n'est pointUD vain nom, c'est la vertu qu'il aime.

Il respecte les grands ,^ et ne les flatte pas ;

II dompte ses rivaux j sans livrer de combats ;

Il voit avec mépris le louangeur stupide p

L'agresseur furieux, lé de'fenseur timide,

Le critique implacable, et qui mord sans'pitié,

Le bel esprit jaloux f ^t-qm loue à moitié.

Tant de coups sans etTet, tant de traits sans blessure ,

£t la baine impuissante , et l'amitié peu sûre.

Qu'on récbauflte cent fois des contes pleins d'ennui ;

Que l'on cbarge son nom df s sottises d'autrui ;

Qu'un mécbant afïamé défigure , pour vivre ,

Ses traits dan^.uncestampe,etses mœurs dans un livre ;

Qu'on l'outrage dans ceux qui luisoniles plus cbers ;

Qu'on blâme sa morale , au défaut de ses vers \

Que l'on poursuive encore, par une lâcbe envie ,

Ses amis dans l'exil , et son père sans vie ;

Qu'enfin jusqu'à son roi les vils écbos des cours

Fassent de ces mécbans retentir les discours :

Adorable vertu , c^est à vous qu'il s'immole !

C'est pour vous qu'il souffrit; par vous il se console !

— Mais j'insulte le pauvre, et je brave les grands.

— Oui, pour moi , l'homme vil est vil dans tous les

[rangs; Je le hais sous le firoc, ainsi que sous la mitre; Chevalier d'industrie , ou chevalier en titre ; Ecrivain mercenaire , ou courtisan vénal ; Assis sur la sellette , ou sur le tribunal ; Triomphant dansun char,ou rampant danslaboue ; Admis auprès du tr6ne, ou. conduit à la roue.

Cepeodant cet auteur^ si terrible et si craint ,

Sapho sait qu'il n'est pas aussi noir qu'on le peint* Deonjs même avpdra p m[ïï veut être sincère , Qu'en méprisant ses vei9 , il aida sa misère. On Faccusa d'orgueil : il était si «eu fier, Qu'iUisita Tibafd > et but avec Cibber.

Un prêtre contre lui vomit un gros volume.

L'a-t-on vu, pour rëpondrCi user en vain sa plume 7 Pour plaire à sa maitresseij^ un fat l'ose outrager : Ah! qu'elle soit sa femme, et c'est tjrop le venger ! Que Pope soit l'objet d'une satire amère ; Mais pourquoi d<$nigrer et ^n père et sa mère? ^ La mère a-t-elle, hëtil|! mëdit de son prochain? Vit-on jamais son père crutrager s^^n^ voisin,? Lâches, e'coutez-moi ; respectez sa famille , Et ne ternissez plus l'éclat dont elle brille : Son nom sera sacr^f , tant que cet univers Chérira 4es vertus , et lira les beaux vers.

Ceux dont il tient le jour , et l'époux et la femme, Etaient nobles de nom comme ils Tétaient par Kame. Leurs aïeux pburl'honneur combattirent cent fois , Quand de l'honneur encor nous connaissions les lois, — Mais qu'étaient leui^ fortune et leurs biens? ^-^

[Légitimes.

Ils laissèrent Crassus s'engraisser par des crimes. Ce bon. père I aujourd'hui Tobjet oe ses regrets, Gentilhomme sans morgue, héritier sans procès. Citoyen sans cabale, époux sans jalousie , Traversa doucement I espace de la vie.

Jamais il ne parut au tribunal des lois.

Jamais d'uu faux serment n'appuja de vains droits. Il n'était point enflé d'une vaine science :

Le langage du cœur Ait sk seule- éloquence.

TllÂDtJGTlON& i^l

Ëçlaire par Tusage , et poli par botiiié ,

Saia par la vie active étl^ sobriété ^

Ses vénérables jours lurent longs , sans souffirance ;

Son paisible trépasfat court*, sans violetice.

Cif 1! accorde à son fils et sa vie et sa mort ,

Et les enfans des rois voQt envier mon sort !

Ami f joui.s«tôujours de ta douce folie :

Pour moi, nîon cœur se plaît dans sa mélancolie : Puissé-je encor long- temps , par de pieux sepours , Conserver une mère , et prolonger ses jours ; Sur le bord du cercueil souteùir sa faiblesse ; Egayer seslangûeurs', et bercer sa vieillesse ; Prévenic.ses besoins , les lire dans ses jeux, pt retarder encor son départ pour les cieux !

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