‹ Œuvres diversesChapitre 54 sur 69 · ENIGME · texte numérisé non relu

ENIGME

TÏUDUITE .DE I< ANGLAIS.

Dans maint écrit, dansimaint tableau'/

A l'envi Ton me défigure^ Depuis que je suis né vainement je murmure

Contre la plume et le pinceau ; L'un me peint Taîr flétri , ridé , courbé par l'âge ; Mais, de par tous les dieux ; c'est trop me faire outrage.

Je m'emporte ; mais , sur ma foi , Par la malignité de cette humaine engeance |

190 traductions:

Aucun ne fut maltraita comme moi; Je pourrais Ten punir ^ mais j pour toute vengeance^ Je prétends ici , trait pour trait ,

En bien y en mal, dessiner mon portrait.

D^abordy du beau côté, s'il faut que je me peigne , Celui qu\ sert, celui qui règne ,

Ëgalement sont soumis a ma loi ;

Mais tout mortel est fatigué de moi ; Passé j cbacun me pleure, et, présent, me dédaigne.

Le souvenir , la curiosité ,

Tout s'intéresse à ma famille entière ;

L'un , rejetant ses regards en arrière > S'en va, dé mes aïiru.x chercher l'antiquité; L'autre , de l'avenir franchissant la barrière ,

Vole au-devant de ma. postérité.

En cercle sur mes pas le destin me ramène , ^ Long au gré de l'ennui , mais court pour le plaisir ^

Tantôt je vole, et tantôt je me traîne; Et le dégoût et le désir, Par d*insipides j^ux , Bar un babil frivole.

Chacun imptinément l uo et l'autre me vole :

C'est un commerce de larcins.

Victime à tout inatantdes oaprices humains, Kn public , eu sectet , au théâtre , aux festins , s A m'immoler tout homme s'évertue , Au fond d'un caJûnet un lourd saviant me tue , Un fat au Ranelagh ; mais , plaignez mes destins , Il n'est point de Tjburn contre mes assassins. Tout ressent mon pouvoir , le voyageur l'admire Sur les' débris d'Athène, aux sables de Palmjre : Je fois , mieux que Johnson , justice des auteurs , '^«ndale du bon goût et fléau des lecteurs.

TRADUCTI0I9S. 191

Tout empire me doit sa grandeur et sa chute.

Bien ou mal traite dans mon cours ^ L'un me chërit , et Tautre me rebute } L'un est prodieue de mes jours '^ L'autre avare d'une minute.

L'homme de loivendcher au plaideur malheureux Chaque point de mon existence^ Et le marchand pèse dans sa balance Jusqu'au moindre de mes cheveux.

De moi le ticheà grand» firais se délivre; Le criminel qui va cesser de vivre Te prie en vain de ralentir mes pas.

Tandis qu'en un jour de naissance ^ Excède d'étiquette et de magnificence , Le beau monde se plaint que je ne finis pas.

Les malheureux m'appellent à leur aide ; Et quel autre que moi sait guërir tous leurs maux ^ Et sans salaire et sans remède 7 Lorsque son imprudent regard D'un miroir trop fidèle interroge la glace , La beauté sur son teint voit à regret ma trace ; Mais moi-même j en secret , réparant sa disgrâce^ Je mûris lentement ce fardj Dont les mains foncent avec art La i)lancheur de ses lis , l'incarnat de ses roses , Sous des pinceaux flatleiirs' chaque matin ecloses. Ah ! calmez donc un injuste d^pit ; Belles f cessez d'accuser mdn ravage ; Belles, je rends à votre esprit Ce que j'ôte à votre visage.

Mais c'est trop babiller , lecteur, repose-toi ; Car tu me perds en t'occupant de moi.

ly.

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