‹ Œuvres diversesChapitre 53 sur 69 · FRAGMENT · texte numérisé non relu

FRAGMENT

DE LA TRAGÉDIE D'OTHELLO DE SHAK£SI>EARE (l).

(Acte I", ^ène VIIL)

Son père m'estimait ; ps^ la publique voix.

Il savait dès long^témps mesmalbeursimes exploits ; Ils lui donnaient pour moi l'intérêt le plus tendre ; Mais de ma propre ))ouche il voulait les entendre ; Et moi I pour satisfaire à ses vœux empressés^ Je lui contais mes maux et mes périls passés.. Quel fut mon s^rtobscur^commeni par mon courage Je sortis de la foule et deyinsmon ouvragé; ■

(I) VoyeB Othello, de Dacis , acte l", scène Y.

m TRADUCTIONS.

Quel revers me plongea dans la captivité' $ Quel ami gënëreux paya ma liberté; Ce tissu varie d'espérance et d'alarmes ; Ma jeunesse affrontant le tumulte des armes ; Quels prodiges cent; foi« m'ont sauvé du trépas ; Des milliers d'epnemis moissonnas par mon oras ^ Malheureux qu'à regret immolait ma victoire , Et sur qui je pleurais.au milieu de ma gloire. Tantôt c'était un siège et ses longues horreurs y L'assaillant au dehors déployant ses fureurs ^ Au dedans tous les maux d'une vilIe.afTamée , Et la contagion dévorant mon armée.

Desdémona pensive écoutait ce discours ; Ou y si de mon histoire interrompant le cours , Quelque soin domestique exigeait sa pnHence^ Bientôt, pour réparer ces courtsmoraensa absence. Elle accourait vers nous, et son cœur transporté , Ecoutant mon récit avec avidité | Partageait mon destin heureux ou misérable.

Je le vis , je saisis un instant favorable , Et surpris à son coeur sensible et généreux Une douce priève , ob]«f de tous mes vœux ^ C'était de repéter ^ de répéter encore Ces tQ^its quelle admira, ces maux qu'elle déplore : Mon récit trop modeste en taisait la moitié; C'était trahir ma gloire et trahir l'amitié.

Depuis les premiers jours âfi met première enfance Jusqu'au dernier péÂl qu'alïronta ma vaillance , On voulait tout savoir; et Candis.que ma voix Reprenait ce récit redemandé vingt fois , Mes conrses , mes combats sur lli terre et les ondes, Dans les sables déserts ; dans les forêts profondes^

Mon coursier tout sanglant, se-dëbattaitt sous moi ; Mon œil dans tous ses traits vojait courir refTroi. J'entendais ses soupirsy je surprenais ses larmes^ Et jouissais tout bas de ses tendres idarmes» Un jour y enfin, d%in ton mélancolique et doux : « Quel mortel; me dit-elle , a souffert plus que vous? Entre tous vos ami&s'il en est un qui.m'aime, A conter vos malheurs instruisez-le vous-même | Et je ne quitte plus ce Ipuchanb entretien. » Ces mots partis du cœur avertirent le mien ; Elle avait révèle le secret de sa flamme j Et Taveu de la mienne échappa de mon ame. • Sans refuser mes vœux et sans Ivs recevoir , Sa toucl^nte rougeur confirma inon espoir ; Elle aimait mes malheurs, et moi j'aimais ses larmes. L'amour et la pitié confondirent leurs charmes y Et firent deux époux de deux tendres amans :

Voilà mon sortilège et mes enchantemens.

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