‹ Œuvres diversesChapitre 65 sur 69 · A M. BUREAU · texte numérisé non relu

A M. BUREAU

Aa château de Champite , en Ai^on , près Craon , 1776.

Je trouve , mon ami , ta charmante lettre à mon retour de la campagne : elle m*a fait un bien infini , car tu sauras , mon ami , que je suis malheureux : tu me plaindras sûrement, et cela par deux raisons; tu aimes, et tu aa été malheureux aussi , et malheureux dans le même genre. Je suis amoureux et vaporeux , ce qui s'accorde assez bien ensemble.

J*ai perdu le sommeil ; mes nerfs ^ car je parle aussi de mes nerfs, sont dans un état horrible ; combien te voilà cruellement vengé de mon incrédulité à tes maux, de mes mauvaises plaisanteries. Je serai donc moins malheureux crue toi ; car tu croiras à mes maux , et tu les i>laindra8. Viens' donc, mon ami, le pins tôt possible, viens, ton cœur^ me manque. Je n'avais j^as besoin de malheur pour apprécier ton amitié; mais, si quelque chose me console, c est c[u*en ayant plus besoin j'en Jouirai davantage. Je te verrai plus souvent , et nous joindrons le souvenir de tes maux passés avec le sentiment de mes maux présensu Peutêtre en résultera-t-il un peu de bonheur.

Mais je ne t'ai pas dit encore un mot de ton excellente traduction (2). Mon ami , les bous esprits eu ont été enchantés; il ne lui a manqué que ses prôneurs, et ton projet de traduction de Tacite pourrait fort bien lui en avoir enlevé plusieurs. Tu m'entends. La Harpe vient d'en rendre un . compte très-avantageux dans le journal jadis de Lingnet, at^ourd'bui le sien.

Pomme, ton sauveur, depuis qu'il a guéri ton corps, s'intéresse vivement aux productions de ton esprit, et le regarde en tout comme son ouvrage. Il a montré plusieurs de tes lettres à madame la comtesse de Bouffiers , qui m'a beaucoup et très-bien parlé de toi , et qui m'a paru désirer te connaître ; elle a lu ta production avec le plus grand plaisir. Je lui parlai de tes maux de nerfs, des remèdes que Pomme t'avait faits; je ne te nommais pas , elle l'a désiré , et m'a cité plusieurs traits de tes lettres.

Aaieu , mon cher ami , travaille à ton Tacite, Voilà qui est digne de toi. La Harpe l'annonce , et fais plus que ce grand et gros enfant-là.

(!) Dureau de Lamalle.

[2) Du Traité des Bienfaits de Sénèque, 1776, in-I2.

Adien . j« t'embrasse an million de fois. Présente mei respects a madame Dareau: jeteserai redevable. A ton retour ta me troaveras prêt a payer les dettes d*honnear et celles de l*amitié.

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