‹ Œuvres Don Quichotte da la Manche, trChapitre 105 sur 124 · PARTIE II, CHAP. XXIV. igS · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAP. XXIV. igS

peint un foi*t joli petit âne , la bouche bésuite, les naseaux ouverts, le cou tendu,. les oreilles dressées , paraissant braire de toutes ses forces. Au toux du drapeau l'on vojait écrit :

Le braire de nos écHevins JNous sert de trompette guerrière.

Don Quichotte, d'après cette inscription, ne douta point que ce ne fût l'armée de ce village insulté par ses voisins, et qui venait 5e venger des railleurs. Il voulut joindre cette armée malgré les représentations de Sancho , qui de sa vie ne se soucia de se trouver dani de semblables £âtes.

Les pajsans de la bannière de l'âne firent un bon accueil à notre cl^valier, dont les armes , dont la figure ne laissèrent pas de les étonner. Don Quichotte leur témoigna le désir de parler à tout le bataillon. On fit silence . on l'environna. Le héros prit la parole :

Illustres seigneurs , dit-il , e*eat votre seul intérêt qui m'engage k vous donner des avis que je crois sages >et utiles ; si , par malheur , ils vous déplaisent , faites un signe , je me tairai. Premièrement je dois vous dire que je suis chevalier errant, que ma profession est celle des armes , et qiie mon devoir , comme mon plaisir , est de secourir, arec cette épéc

tous ceux qui ont besoin d'appui. Je suis ins^ truit du motif qui vous a fait prendre les armes ; vous voulez yenger de prétendus affronts ; mais , croyez-moi , braves amis , je connais les lois de l'honneur , et je vous réponds sur le mien que jamais un corps , une ville , une assemblée quelconque d'hommes ne doit se regarder comme blessée par les outrages de quelques individus isolés. En reproches comme en louanges , tout ce qui est général ne s'applique jamais à personne. Qu'importe que quelque méchant , quelque sot , ou quelque étourdi , insulte une nation , une province entière , par ces fades quolibets qui se propagent dans les bouches grossières ? Cette province , cette nation , ira-t-elle allumer la guerre pour un propos imbécile tenu par un insolent ?

Non, non ; Dieu nous l'interdit, et la raison s j oppose. La guerre est un fléau si terrible , la nécessité de verser du sang est un malheur si affreux et si ressemblant au crime , qu'il faut une bien grande cause pour oser s'y déterminer. Vous voulez vous venger , ditesvous : ah ! ce seul mot vous avertit que vous allez vous rendre coupables. Vous venger ! et vous êtes chrétiens î Vous venger de qui ? de vos frères, de vos voisins, de vos compatriotes 1 Êtes>vous donc infidèles aux préceptes

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