CHAPITRE XXV
Détails importans qu'il faut lire.
Il est des occasions dans la guerre où le plus brave doit 6iir. Personne n'en pourra douter après avoir vu don Quichotte tourner le dos à ses ennemis. Le pauvre Sancho l'eût bientôt rejoint ; mais en arrivant il se laissa tomber aux pieds de Rossinante. Don Quichotte descendit pour visiter ses blessures : il n'en trouva point , et le regardant avec des yeux irrités : De quoi vous avises^-vous , lui dit-il , d'aUei braire an milieu d'une armée qui ne &it la
aoo DON QUICHOTTE.
guerre que pour ce motif? Vous qu* savez tant de proyerbes , ayez- vous oublié celui de ne jamais parler de corde dans )a maison d'un pendu ? Que méritait votre impertinence , sinon des coups de bâton , et peut-être même des coups de sabre? Oh! je ne brairai plus, monsieur , répondit tristement Sancho , voilà qui est fait pour ma vie ; je renonce même à parler en public. Vous me permettrez seulement de penser que les chevaliers errans savent fuir tout comme les autres, et ne s'embarrassent guère de leurs -malheureux écujers.
— Qu'entendez- vous par ces paroles ? Se retirer n'est pas fuir; et la véritable valeur, qui jamais ne ressemble à la témérité , sait se conserif'er quand il le faut pour des périls dignes d'elle. L'histoire en fournit mille exemples.
A tout cela Sancho, remonté sur son âne, et cheminant la tête basse , ne répondait que par des soupirs. Qu'avez-vousjdonc à soupirer ? reprit l'impatient don Quichotte. Pardieu I répondit; l'écujer, j'ai que tout le. dos me fait mal depuis le bas de l'épine jusqu'à la nuque de mon cou. — Je vous en dirai la raison ; c'est que le bâton dont on vous a fî*appé était sûrement fort long et fort gros. En -tombant sur vous , tQUte sa longueur aura porté bien d'k-plomb ; et si cette longueur eût été plus