PARTIE II, CHAP. XXVII. su
-était d'un haut rang , et qu elle commandait à tous les chasseurs.
Mon fils Sancho, dit notre chevalier, cours auprès de. cette belle dame qui porte un oiseau sur le poing : dis-lux que le chevalier des Lions, qui met à ses pieds son profond respect , lui demande la permission de se présenter devant son altesse pour lui offirir ses services. Prend» garde surtout à la manière dont tu t'acquitteras de ce message, et ne va pas mêler tes proverbes au discours que tu lui feras.
Pardi ! ah pardi ! répondit Sancho , vous avez bien trouvé votre homme ! N'ayez pas peur que je lui dise des proverbes ; je sais la manière dont il faut parler. Un bon payeur ne craint jamais de donner des gages ; quand la maison est approvisionnée , le diner est bientôt prêt ; nous ne sommes pas faits d'hier. Est-ce donc ici la première fois que je me suis acquitté d'une ambassade h de belles dames? — Je ne sache pas , mon ami , t'en avoir jamais donné , si ce n'est pour madame Dulcinée. — Cela sulfit bien , vraiment ; et vous pouvez me regarder comme uu vieux routier d'ambassade que rien ne doit embarrasser. Laissez-moi faire , vous allez voir.
Sancho part au trot de son âue , arrive au milieu des chasseurs , s'approche dé Tarn a-
lia DON QUICHOTTE.
zone , descend , se met à genoux , et lui dit : Madame , qui êtes si belle , je m'appelle Sancho Pança, écujer du cheyalier des Lions, que vous yojez arrêté là -bas. Mon maître, qui s'appelait jadis le cheyalier de la Triste- Figure , m'enyoie youà dire qu'il serait charmé de baiser les pieds de yotre beauté,- de se consacrer au service de yotre altesse et de yotre oiseau : mais il lui faut pour cela yotre permission ; et j'ajoute que yotre seigneurie peut fort bien la lui donner, parce qu'elle n'en sera pas fâchée. Aimable écujer , répondit la dame j yous yous acquittez à meryeille des messages que l'on yous donne. Commencez par yous releyer ; l'ami , le compagnon fidèle du cheyalier de la Triste -Figure, dont je connais parfaitement et la gloire et les exploits, ne doit point parler à genoux. Leyez-yous donc, je yous prie, et retournez dire à yotre maître que le duc mon épdux et moi nous serons charmés tous les deux de le recevoir dans notre maison , peu éloignée d'iai.
Sancho , surpris , enchanté d'entendre le nom de duc , et de se yoir si bien accueilli , si bien traité par tine duchesse , ne songeait pas à se releyer , et ne se lassait point de considérer cette dame si bien mise , si agréable , si polie pour les écujers. La duchesse , en lui