PARTIE II, CHAP. XXVIIL as
qu'il s j mit; le laboureur s'obstinait, craî-< guant de manquer à la |)oliteBse. Enfin le gentilhomme ennuyé fit asseoir le laboureur de force , et lui dit : Tranquillisez-vous ; partout où nous sommes ensemble , je suis à la place d'honneur. Voilà mon conte tel qu'il est; je TOUS le donne pour ce qu'il vaut.
Don Quichotte, qui souffi-ait le martjre depuis que Sancho parlait , devint plus ronge que son manteau lorsqu'il entendit le dernier mot du conte. Le dup et la duchesse s'en aperçurent , et , de crainte de le fâcher , ne répondirent point au malicieux écujer , et chaagèrent de conyersation. T a-t-il long-temps , demantla la duchesse, que le chevalier des Lions n'a eu de nouvelles de madame Dulcinée ? Lui a-t-il envojé depuis peu quelques guerriers , quelques géans vaincus ? Madame , répondit le héros, vous rouvrez une plaie profonde. C'est en vain que plusieurs géans , plusieurs guerriers abattus ont reçu Tordre de moi d'aller trouver Dulcinée. Comment pourront -ils la reconnaître ? Elle est enchantée, madame, elle est tout à coup de-' venue une laide paysanne. Non pas aux yeux de tout le monde , reprit Sancho ; car je l'ai toujours vue fort belle , surtout fort gaillarde ot très leste. Je vous réponds , madame la du-<
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chesse , qu'elle tous saute une bourrique plus légèrement qu'un ehat sur une table; et qu'il nj a pas de daiiseur de corde qui fasse aussi bien la cabriole. Vous l'ayez donc yue enchantée? demanda le duc k Sancbo. — Si je l'ai yue , monseigneur ! c'est de ma façon qu'elle l'est , c'est-k-dire que c'est moi qui ai découvert le premier ce malheureux enchantement.
Jusque-là l'ecclésiastique , à qui les géans , la chevalierie et Dulcinée déplaisaient beaucoup f s'était assez bien contenu ; mais, comme il était colère , et qu'il ne pouvait soui&ir les amusemens des autres quand il ne s'amusait pas, , il fixa sur le duc des jeux irrité»: Monseigneur, dit-il, d'une voix sévère, votre excellence rendra compte à Dieu du coupable plaisirqu'ëlle se donnée Comment voulez-vous que ce pauvre £>u que tous appelez don Quichotte ne devienne pas cent fois plus fou lorsqu'il voit votre excellence partager son stupide délire, et répondre de sang-froid aux extravagances qu'il dit ? Et vous , malheureux imbécile , qui ne voyez même pas que l'on se moque de vous ^ pouvez-vous croire de bonne foi que vous êtes chevalier errant , que votre Dulcinée est enchantée , que vous avez vaincu pour elle des géans, et toutes les autres sot-