‹ Œuvres Don Quichotte da la Manche, trChapitre 121 sur 124 · PARTIE II, CHAP. XXYIIL aaS · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAP. XXYIIL aaS

de leur faire nn conte , je pense qu'elles trou^ ?eront qu'il vient ici fort à propos. A ce mot , don Quichotte , inquiet , regarda fixement récujer. N'ajez pas peuV, reprit celui-ci , je n'ai pas oublié les conseils que vous venez de me donner. Je ne dirai rien qui ne soit à dire , et vous pouvez vous-même attester la vérité de mon conte , car c'est dans notre village que la chose est arrivée. Madame , interrompit don Quichotte , vos bontés ont tourné la tête de ee pauvre homme ; ordonnez-lui de se retirer. Je lui ordonne au contraire , reprit la duchesse , de ne pas me quitter un moment ; plus je le vois I plus je le trouve aimable. Madame , ré-> pliqua Sancho , je ne désire l'être qu-'à côté de votre grandeur. Mais j'en reviens à mon conte. Vous saurez donc qu'un gentilhomme de mon village , fort riche , et de très grande condition , puisqu'il était de la famille de Médina 'del Gampo , et qu'il avait épousé doua Mincia de Quinones , fille de don Alonze de Maranno , chevaliec de Saint-Jacques, le même qui se noja le jour de sa mort , et pour lequel il y eut dans notre village une dispute terrible , où monseigneur don Quichotte se trouva mêlé , lorsque ce mauvais sujet de Tomazile , le fils de Balvastre notre maréchal , fiit blessé si grièvement ; vous devez bien vous en souve-

is4' DOW QUICHOTTE.

nir , monsieur mon maître : je vous demande de le dire tout haut , afin qu'on voie que je ne sais point menteur. Allons , répondit don Quichotte, tout cela* est fort exact , j'en conviens ; mais c'est un peu long. Point du tout , interrompit la duchesse : je prie mon ami Saucho de ne passer aucun détail ; car je trouve qu'il conte avec beaucoup de grâce.

C'est .vous qui me la donnez , madame, ajouta Sancho. Je vous dirai donc que ce {gentilhomme , que j'ai connu tout comme je connais mon maitrc , puisque de sa maison à la mienne il ny a guère plus d'une portée d'arbalète; ce gentilhomme , certain jour , amena diner chez lui un pauvre laboureur de chez nous. Quand il fut question de se mettre à table , ce gentilhomme , devant Dieu soit son âme ! car il est mort depuis ce temps , et même il est mort comme un saint; je puis vous le dire , quoique je n'y fusse pas présent, parce que j'étais allé faire la moisson à Tembleque; mais tout le monde en fat édidé. Je vous en raconterai quelque jour les circonstances; j'abrège dans ce moment , attendu qu'on "ne permet point la plus petite réflexion. Quand il fut question de se mettre à table , le laboureur disputait avec le gentilhomme pour ne :pas se mettre à la place d'honneur-, le gentilhomme voulait

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