‹ Œuvres Don Quichotte da la Manche, trChapitre 23 sur 124 · PARTIE II, CHAP. VI · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAP. VI

Sancho : £h bien ! dit-il , penses-tu que je manquerai d'écujers? Tu l'entends, ami; le voilà ce fameux bachelier Garrasco , ce favori des muses de Salamanque , cet aigle de nos écoles , le voilà qui veut s'exposer aux intempéries de l'aie, à la faim, à la soif, à tous les périls , pour suivre , comme simple écujer , les traces d'un chevalier errant ! A Dieu ne plaise que j'enlève aux lettres celui qui doit faire leur gloire, et que je prive les sciences de leur plus digne soutien ! Non , non , Seigneur Garrasco , demeurez dans votre pa^e pour l'illustrer , pour l'éclairer ; je serai content du premier écujer qui voudra me suivre lorsque Sancho m'aura quitté. Jamais je ne vous quitterai , reprit Sancho en fondant en larmes ; si vous avez la bonté de vouloir toujours de moi , je ne demande pas mieux que d'aller avec vous. Je ne suis pas de ceux dont on dit : Quand le pain est mangé , bon soir la compagnie. Tout le monde sait dans notre village que les Pança ne sont point des ingrats. Quand je vous ai parlé de gages , c'était pour plaire à ma femme , qui , lorsqu'elle a quelque chose dans la tête, fait le diable à la maison. Mais voilà qui est fini , je serai le maître une fois. Elle aura beau crier, je crierai plus fort , et je lui montrerai qu'elle est ma femme. Tout

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est dit , monsieur , je ne demande rien , je me contente de ce testament dont vous m'ayez déjà parlé : arrangez seulement la chose de manière qu'on ne puisse revenir Ih-dessus , et mettons-nous en chemin ; je vous servirai tout aussi bien que monsieur le bachelier, qui vient là s'offrir on ne sait pourquoi.

Notre chevalier tendif la main à Sancho , qui la baisa. iLa réconciliation étant faite, il Ait décidé que don Quichotte partirait avant trois jours. Garrasco lui promit un casque qu'un de s^ amis possédait. La gouvernante et la nièce eurent beau dire des injures à ce maudit bachelier, s'arracher les cheveux, s'égradgner le visage , don Quichotte et Sancho firent tous leurs préparatifs. Le surlendemain vers la fin du jour ils montèrent , l'un sur Rossinante , l'autre sur son âne fidèle , et prirent ensemble la route du village .du Toboso. Le bachelier les accompagna quelque temps : lorsque la nuit fut venue , il embrassa notre héros-, le pria de lui donner de ses nouvelles , et s'en revint plein de joie annoncer au curé et au barbier que don Quichotte était parti.

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