CHAPITRE Vil
Don Quichotte va voir Dulcinée.
OuE le grand Allai s'oit béni! s'écrie notre historien arabe au commencement de ce chapitre. Que le grand Alla soit béni ! répète-t-il ayec transport , don Quichotte et Sancho sont en campagne : l'un et l'autre vont de nouveau nous surprendre et nous divertir. Oublions tout ce qu'ils ont fait, tout ce qu'ils ont dit; écoutons et regardons : l'action commence sur le chemin du Toboso , comme jadis elle commença dans la plaine de Montiel.
A peine le bachelier venait de quitter nos héros , que Rossinante se mit à hennir et l'âne à lui répondre dans sa langue. Don Quichotte regarda cet hennissement comme un bon augure ; Sancho , qui remarqua sans le dire que la voix de l'âne était plus forte et plus sonore que celle du cheval , en conclut que sa fortune particulière l'emporterait sur celle de son maître ; ce qui n'était pas plus mal raisonné que ne raisonnent beaucoup de savans en astrologie J4idiciaire. Ami , lut dit don Quichotte , je crains qu'au milieu de la nuit profonde qui bientôt va couvrir la terre , nous ne
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puissions apercevoir le Toboso , où j'ai résolu de m'arrêter pour voir la belle Dulcinée , lui demander sa bénédiction, et reprendre à ses genoux une force , une valeur nouvelle. Monsieur, répondit Sancho , ce sera sûrement bien fait; mais tous aurez de la peinft à recevoir la bénédiction de madame Dutcinée , à moins qu elle ne vous la jette par-dessus les murailles de la basse-cour o4 je la trouvai quan^ je lui portai votre lettre. — Est-il possible, Sancbo, que tu veuilles toujours appeler basse-cour la galerie ou le portique dii riche palais habité par la princesse que j'adore! — Je vous répète qu'elle était dans une basse-cour , et que je ne connais point de manière d'appeler ce lieu autrement. — Eh bien ! c'est là que je veux aller. Pourvu que j'y voie Dulcinée , pourvu qu'un seul rayon de ce soleil vienne échauffer mon courage, éclairer mon âme, vivifier mon tendre coeur, que m'importe tout le reste ? — Ma foi ! qnand je vis ce soleil il n'était pas plus brillant qu'il ne faut : j'avoue qu'il pouvait être obscurci par la poussière du blé que criblait sa seigneurie. — Te revoilà de nouveau dans tes premières en'eurs ! tu ne réfléchis pas qu'il est impossible que Dulcinée travaille à d'autrt^s ouvrages qu'à ceux que tu as vus dans nos poëtés occuper les loisirs des njmphes. Quel-