‹ Œuvres Don Quichotte da la Manche, trChapitre 28 sur 124 · PARTIE lï, CHAP. VIII · texte numérisé non relu

PARTIE lï, CHAP. VIII

quand tu la yerras , à ne pas te laisser consumer par les brûlans rajons qui partent de ses yeux. Souyiens-toi surtout , souviens-toi , 6

• le plus fortuné des écujers du monde , de remarquer , de retenir jusqu'au plus petit raouyement que fera cet astre si beau : regarde , alors que tu lui prononceras mon nom , si son firent pudique se couyre d'une modeste rougeur , si elle se laisse tomber sur un sofa , sur

' une estrade, ou si, demeurant debout, elle ne s'appuie point tantôt sur un pied , tantôt sur un autre. Observe encore, lorsqu'elle te répondra , si elle répète deux ou trois fois sa réponse; si elle est douce d'abord, et ensuite plus sévère ; ou si , commençant par être sévère , elle finit par être plus tendre ; si , en la prononçant rapidement , elle porte la main à sa tête , comme pour ranger ses cheveux , qui n'auront pas besoin d'être rangés. Toutes ces choses , sans conséquence aux yeux d'un indifférent , isont précieuses pour l'amour : il est éclairé par un signe , par un soupir , par un regard , et pénètre les secrets de l'âme, malgré la pudeur qui veut les cacher, et n'obtient jamais que ce qu'il surprend.

Vous pouvez vous en fier k moi , répondit Sancho , je vous enteilds à merveille. Chassez, chassez toutes vos crainte» , le courage vient à 3. 5

Bo DON QUICHOTTE.

bout de tout ; on fait prendre feu au bois le plus vert, et l'on finit toujours par trouver le lièvre. Nous avons eu du guignon cette nuit pour découvrir le palais de madame Dulcinée ; mais à présent qu'il fait jour, j'espère que ce ne sera plus comme si je cherchais une aiguille dans une botte de foin. -7- Allons , Sancho, mets-toi en chemin, et ne va pas t'aviser de dire tous ces proverbes à la princesse.,

Sancho partit au trot de son âne , laissant don Quichotte à cheval, appujé tristement sur sa lance , les yeux élevés vers le ciel.

Notre écujer s'occupait déjà des moyens de se tirer de cette difficile ambassade : il ne savait au monde comment faire. Lorsqu'il se vit hors du bpis, il s'arrêta, descendit de sa monture , et s'assit au pied d'un arbre pour recueillir ses esprits et s'entretenir avec luimême.

Ah ça , mon frère Sancho , se dit-il , commençons un peu par savoir où va votre seigneurie. Ya-t-elle chercher son âne perdu*?

— Non , certainement ; le voilà. — Où allezvous donc ? — Je vais à la quête d'une princesse , qui est le ciel du soleil de' beauté. — G 'est fort bien, monsieur; mais où pensez-vou0 la trouver ? -^- Dans la jg;rande ville du Toboio.

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