‹ Œuvres Don Quichotte da la Manche, trChapitre 29 sur 124 · PARTIE II, CHAR VÏII. 5i · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAR VÏII. 5i

— Ah l c'est différent. Et de quelle part , s'il Tons piait, allez-vous chercher cette grande princesse ? — De la part du fameux don Qui-

, chotte , qui répare le mal , redresse les torts , donne à manger à ceux qui ont soif , à hoire h ceux qui ont faim. — C'est à merveille. Dites-moi si vous connaissez cette beauté si célèbre. — Point du tout; je ne l'ai jamais vue; et mon maitre ne la connaît pas plus que moi.

— Et peusez-vous que , si messieurs les habltans du Toboso savaient que vous allez chez eux avec le petit projet de parler d'amour à leurs princesses, ils ne fissent pas très bien de vous frotter les épaules avec de bons échalas? — Monsieur, je ne dis pas qu'ils eussent tort : tout ambassadeur que je suis , il serait possible que l'on oubliât le respect dû à ma qualité. — Vous ferez prudemment d'j prendre garde ; car je tous préviens que les gens de la Manche ne sont nullement plaisans; que, s'ils s'j mettent une fois , ils vous étrilleront de la bonne manière. Croyez-moi, monsieur Sancho , renoncez à cette ambassade. — Je commence à voir que vous avez raison ; et voici le parti que je vais prendre. Mon maitre ■est fou, je n'en puis douter : je ne le suis guère moins de le suivre, mais enfin je ne prends pas encore des moulins pour des

Sa DON QUICHOTTE.

géans, des troupeaux de moutons pour dee années. Profitons de la facilité avec laquelle le seigneur don Quichotte se persuade tout ce qu'on lui dit : la première femme que je rencontrerai sera madame Dulcinée; je la ferai voir comme telle à mon maître. S'il dit que non , je dirai que si : je TafErmerai , je le jurerai ; il finira par le croire. L'entrevue se passera comme elle pourra : peu m'importe ; je serai quitte de mon message ; et si monseigneur don Quichotte n'en est pas content , il ne m'en donnera plus de pareils.

Après ce petit soliloque , notre écuyer , moins inquiet , se reposa plusieurs heures , pour laisser penser à son maître qu'il s'occupait y pendant ce temps , de faire sa commission. Il vit enfin venir à lui , du côté du Toboso, trois pajsannes sur des ânes : remontant aussitôt sur le sien , il courut retroci-' ver son maître. Réjouissez-vous, cria-t-il de loin, j'apporte de bonnes nouvelles. Ah ! mon fils, répond le héros , parle; hâte-toi de m'apprendre si je dois marquer ce jour avec une pierre noire ou blanche. — Marquez-le avec une pierre rouge : je vous annonce que madame Dulcinée \ient elle-même vous voir, ac^ compagnée de deux demoiselles d'honneur.

— Dieu tout-puissant I que me dis-tu ? Prends

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