PARTIE Ily GHAP. VlII
meur : Otez-vous de là; laissez-nous passer:
nous ayons autre chose à faire que d'écouter vos bêtises. Ah! princesse, répondit Fécuver, comment n'étes-vous pas touchée de voir devant vous à genoux la colonne des chevaliers errans ? Yeux-tu finir? reprit la princesse , ou faut-il que je t'apprenne que je sais étriller les ânes ? Mais voyez donc , ma commère , ces petits freluquets qui veulent, je crois, se moquer de nous ! Ah ! oui , par ma foi ! ils ont bonne mine !
Sancho , dit alors don Quichotte, leve-toi , mon fils, lève-toi; je vois trop jusqu'à quel excès va la fureur de mes ennemis : ils veulent ma mort; ils seront conteas. O vous , unique souveraine de ce cœur brisé d'affliction, vous, innocente victime des enchanteurs cruels, qui, pour me punir, ont osé cacher vos divins attraits sous la figure d une villageoise ; dai> gnez au moins m'honorer d'un regard. Peutêtre , hélas ! quelque prestige vous empêche aussi de me reconnaître; peut-être mon visage est changé pour vous , mais mon âme est toujours la même ; les enchanteurs ne peuvent rien sur l'amour pur, constant, éternel, dont elle brûle pour vous. Je t'en ponds , répliqua Dulcinée , allons ! hue ! laisse -nous passer. Elle frappe alors des talons son âne , lui fait
prendre le galop; et, dan» les mouvemens qu'elle se donne, le bât mal sanglé tourne sous le yentre. La princesse, les pieds en l'air, fait la culbute , tombe sur le pré. Don Qui> cbotte yole à son secours , la relèye en baissant les jeux. Sancho raccommode le bât ; notre béros yeut Vj replacer; mais la yillageoise , d'un saut , s'j remet à califourcbon , pique des deux , et s'enfuit légère comme un oiseau. Diable ! s'écria Sancho , quelle gaillarde î elle caracole mieux qu'un écuyer cordouan. Ses demoiselles la suiyaient du même train : bientôt elles disparaissent.
Eh bien ! Sancho , dit alors l'infortuné don Quichotte , suis-je assez persécuté par ces maudits enchanteurs ! Les perfides , non contens de m'enlever le bonheur suprême de yoir ma Dulcinée , de lui parler , ont poussé la barbarie jusqu'à la changer, à la transformer en une laide paysanne; car elle était laide, Sancho. Point du tout , répondit l'écujer ; moi , je ne l'ai vue que très belle. Vous me rappelez cependant qu'elle ayait.ici, sur la lèvre à droite, une espèce de petit poireau, d'où il sortait comme une moustache de couleur d'or. — Mon ami , suivant les règles de la correspondance , je t*apprends que ce même signe doit se trouver atur sa cuisse droite..