PARTIE II, GHAP. XII. l
Le héros se détourne alors pour placer Stncho sur un liég^. Le chevalier des Miroirs ac* rivait dans cet instant de toute la vitesse de son coursier , c*est-à-<lire , au petit trot ; car ce coursier ne valait guère ndeux <}ue Rossinante. Il s'aperçoit en arrivant que don Quichotte, occupé de son écujer , n'avait pas encore pris du champ : il s'arrête pour l'attendre. IJiotre héros qui le voit près de lui se retourne vivement , enfonce les éperons dans les flancs maigres de Rossinante , et , pour la première fôisde«avie, le fait partir au galop. L'iuconnu veut en fisdr^ autant ; mais , malgré ses coups de talons , son cheval essoufflé demeure immobile. Le pauvre chevalier s'agitait avec ses jambes , avec sa bride , avec sa lance et son écu ; quand le héros de la Manche , arrivant sur lui comme la foudre , lui fait vider les arçons , et le jette h terre sans connaissance. Aussitôt à pied, l'épée à la main , il court auprès du vaincu, dont il se hâte de délacer le casque pour s'assurer s'il était mort. Sancho, plein de joie , s'était jHressé de descendre de son arbre. Il arrivait lorsque son maître, découvrant le visage de son ennemi , reconnaît .... faut-il Ib dire ? et qui jamais pourra le croire ? . . . . les traits, la figure, la propre figure du bachelier Samson Garrasco. Stupéfait de surprise i
Suicho , 9ecriVt-il , viens , acconfs , et juge toi-même du nouveau tonrde la malice inconcevable de ces perfides magiciens. Sancho 8*ap^ proche , regarde , et , reconnaissant le bachelier qni demeurait étendu sans mouvement , se met k feire de grands signes de croix. Monsieur , dit-il , c est égal ; commencez par lui passer votre épée au travers du corps , ce sera toujours un enchanteur de moins. Je pense que tu as raison, répond don Quichotte; ce ne peut être que pour Ai'abuser et se soustraire à ma vengeance que ce négrdmant vient de prendre la figure de Carrasco. Il lève aussitôt son épée ; mais l'écuj^er inconnu , dépouillé de son grand nez , vint se jeter aux pieds du vainqueur : Arrêtez , s'écria-t-il , ne tuez pas votre ami ; c est le pauvre Samson Carrasco , c'est lui; n'en doutez pas, monsieur, je vous l'assure , vous le certifie , vous le jure sur ma conscience. Où est votre nez, demanda Sancho? Le voilà , répond l'écuyer en le tirant de sa poche , et lui montrant un nez postiche.
Sainte Marie ! ajouta Sancho en considérant l'écujer tremblant , n'es-tu pas Thomas Cecial , mon voisin et mon compère ? — Sans doute , je suis Thomas Cecial , et je t'expliquerai pourquoi le malheureux Carrasco et moi nous nous étions ainsi déguisés. Au nom de Dieu! empêche ton maître de le tuer.