‹ Œuvres Don Quichotte da la Manche, trChapitre 55 sur 124 · PARTIE II, CHAP. XIV. cjS · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAP. XIV. cjS

de se trahir, et se ^attait la tête sans répondre , lorsque nos héros furent join^ par un eaTalier monté sur une belle jument pommelée. Ce cavalier portait un manteau de drap vert, bordé de velours violet, avec un bonnet du même velours ; Téquipage de la jument était de «es deux couleurs II était armé dun sabre mauresque que soutenait un riche baudrier ; à ses bottines , semblables au baudrier, étaient attachés des éperons vernis en vert.

Tout était propre sans recherche; et le visage , l'air du voyageur, qui paraissait avoir cinquante ans, ses cheveux gris, son front serein , semblaient inspirer à la fois la confiance et le respect.

En passant près de don Quichotte, il le salua poliment, et continua son chemin. Notre chevalier l'appela : Seigneur, dit-il, si vous ^suivez cette route, et qu'il vous importe peu dB marcher moins vite , je serais charmé d'avoir rhonneur de voyager avec vous. Je vous Taurais proposé le premier , répondit le cavalier, si je n'avais craint que ma jument ne fit emporter votre cheval. Oh! n'ayes paspeur, s «cria Sancho ; notre cheval est le plus honnête et le mieux élevé du monde. Jamais il ne s'est oublié qu'une seule fois dans «a vie ; mon maître et moi nous nous en souviendrons

q6 PON QlîlGHOTTE.

long-temps. Vous poayez en toute siii:eté marcher à côté de lui ; la paurre béte n j regardera point. A ces mots le yojageur raleptit son pas f et se mit à considérer la. mine de don Quichotte. Celui-ci venait d'ôter son casque et de le remettre à Sancho, qui le portait à l'arçon de son bât. La figure extraordinaire du cheyàlier, Tétonnante longueur de son cheval , sa haute taille, ses armes, son visage sec et jaune , causèrent une si grande surprise à 1 ejtranger, que don Quichotte le lut dans ses jeux. Vous paraissez étonné de me voir, fui dit-il avec un doux sourire ; mais vous cesserez de l'être quand je vous aurai dit que je suis un de ces chevaliers qui vont cherchant les aventures. J'ai abandonné mon pajs , ma famille, ma maison; j'ai engagé presque tout mon bien pour me jeter aveuglément entre les bras de la fortune. J'ai voulu ressusciter rtncienne chevalerie errante ; et depuis longtemps, à travers les victoires et les dé&ites, les revers et les succès , touj.ours supérieur aux événçmçns, je parcours le monde en secourant les faibles, défendant les ..opprimés, soutenant l'honneur des l>elles , et protégeant avec cette lance les veuycs et le» orphelins. Quelques exploits assez heureux pour eette sainte et digne cause m'ont déjà valu l'hoik^

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