‹ Œuvres Don Quichotte da la Manche, trChapitre 56 sur 124 · PARTIE II, CHAP. XIV · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAP. XIV

neur d'être le héros d'une histoire imprimée : trente mille exemplaires de ma vie sont répandus en Espagne ; je ne serais pas surpris que bientôt on en \\t paraître trente mille autre:j«- Enfin , pour tout vous dire en un seul mot , je suis don Quichotte de la Manche , surnommé le chevalier de la Triste Figure. Ma modestie BOufEre un peu de me louer ainsi moi-même ; mais le mérite le plus discret est forcé de parler de lui lorsque personne n'est là pour le vanter.

Après ces paroles don Quichotte se tut , et l'étranger, encore plus surpris, ne trouvait rien à lui répondre. Après un assez long silence : Seigneur chevalier, dit-il, ma fran> chise ne peut vous cacher que ce que vous venez de me dire , loin de faire cesser mon étonnement, ne sert qu'à l'augmenter. Je ne croyais point qu'il y eût aujourd'hui «Les cheyaliers courant le monde, encore moins qœ leur histoire hit imprimée. Malgré mon respect très sincère pour Toccupation si louable de secourir les opprimés , de défendre les veuves et les orphelins , je n'aurais jamais pensé , si je ne le voyais de mes yeux , qu'il j eût des hommes assez vertueux pour consacrer leUr vie à ce noble emploi. Je vous en félicite de tout mon cœur } et si votre histoire imprimée

n*est , cotoâie je le présume , qu'une ^ite àe ' ceà bonnes actiotoâ, j'aurai bèauc<yup plus de plaisir à là lire que je h'en ai trouvé dans ces volumineux ramas de mensonges qu'on appelle romans de chevalerie , où la raison , les moeurs et le goût sont également blessés. Mon rneur, reprit don Quichotte assez gravement, fout le monde n'est pas d'accord que les livres dont vous parlez ne Soient que des recueils de mensonges. — - Personne , ce me semble, n'en doute. — Moi , j'en doute ; et si j'étais sûr d'avoir le plaisir de causer quelques 'lieures avec vous , je vous prouverais incontestablement qu'il n'est peut-être point d'his^ 'toires aussi authentiques , ausâi vraies , aussi •utiles, que les histoires de chevalerie, ^al- •heureusement je sais trop qu'il est k la mode \ présent de les placer au rang des fables.

Laissoif^ cette discussion, et permettez-moi 'de vous demander à mon tour quel état, ^ttel genre de vie votre goût vous a fait fthohir ?

Seîgtieur, ré;^lidit l'étranger, je dois ces détails à votre politesse; Je suis gentilhomme; j'habite un village où nous irons diner aujourd'hui , si vous voulez bien me faire cet honneur. Mon nom est don DiègUe de Miranda ; ma médiocre' fortuné est plus que snf-

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