PARTIE II, CHiP. Xiy
Usante pour mes désirs. Je passe ma paisible vie avec ma femme , taes enfans et quelques amis. La chasse et la pèche sont les amusemens qui remplissent npies loisirs. Je n'ai ni meute ni équipage : les grands apprêts ne conviendraient point à mes simples délassemens.
Un héron , une perdrix privée , sont tout ce qu'il me faut et tout ce que je veux. J'ai quelques livres, tes uns latins, les autres espagnols : j'en fais comme de mes amis , j'ai soin qu'ils soient en petit nombre. I^^'histoire m'instruit et m'amuse. J'élève mon âme avec les ouvrages de piété, mais je lis davantage les auteurs profanes , lorsqu'ils réunissent une moralje pure au charme de l'imagination et à l'harmonie du stjle. Je vais quelquefois diner chez mes voisins; je les invite chez moi plus souvent. Dans ces rçpas toujours abondans, jamais recherchés , je tâche d'égajer mes convives , sans me permettre de médire , et sans soufirir qu'on y médise de personne. Je ne m'informe point des actions d'autrui; je me berne à veiller sur les miennes ; mes jeux et ma sévérité ne s'étendent point au-delà de mon étroit horizon. Attentif autant q^ie je le peux à remplir les préceptes de ma religion sainte , je n'oublie pas surtout de partager fjQies biens avec les pauvres. Quand j'ai le bon*
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heur de pouvoir donner , je fais en sorte que ce soit un secret entre mon cœur et celui qui reçoit : je sais trop que la vanité détruit le mérite d'une bonne action ; et je me dis que , puisque cette bonne action est un plaisir , ce n'est pas la peine de s en vanter. Je tâche de remettre la paix entre mes voisins brouillés , de réunir les familles divisées, de leur prouver que le bonheur dans ce monde n'est autre chose que la volonté de s'aider mutuellement. C'est ainsi que je coule mes jours , en attendant avec tranquillité le moment où j'en ren« drai compte au souverain créateur, dont j'es-> père que la miséricorde surpassera la justice.
Don Diègue cessa de parier; et Sancho, qui l'avait écouté avec une extrême attention, se jette à bas de son âne , court saisir la jambe du bon gentilhomme, la serre tendrement, pousse des sanglots , et se met à lui baiser les pieds. Que faites-vous donc, mon frère? lui dit don Diègue surpris. Ce que je dois , mon^ sieur, répondit Sancho, ce que doivent faire les honnêtes gens qui vous cotinaitront. YoBS êtes le premier saint en manteau vert que j'aie vu de ma vie. — Je »ie suis point saint, mon ami ; je sais trop , hr las ! tout ice qui me manque; votre simplicité vous abuse; et votre humble modestie prouve que vous valei