‹ Œuvres Don Quichotte da la Manche, trChapitre 82 sur 124 · PARTIE II, CHAP. XIX. i5i · texte numérisé non relu

PARTIE II, CHAP. XIX. i5i

Alors il découvre à tous les jeux un flexible tuyau de fer-blanc qu'il avait placé deinanière que le glaive dont il s'était frappé , eontenu par ce tujau , semblait lui traverser le corps. Des vessies pleines de sang avaient été crevées du même coup. L'esprit inventif de Basile , sa dextérité , son adresse extrême , avaient mis tant d'art et tant de justesse dans l'apprêt , dans l'exécution , qu'il était impossible au plus soupçonneux de ne pas le croire percé de part en part et mourant de sa blessure.

L'aveu public qu'il en fit, sa franchise, son air , sa grftce , l'intérêt qu'inspire un amant aimé , donnèrent à Basile presque tous ses juges. On applaudit à son succès. Quitterie , à peine revenue de son trouble , de sa surprise , ne pouvait , malgré ses efforts ^ dissimuler sa vive joie. Quelques-uns, plus scrupuleux , ou peut-être humiliés de s'être laissé tromper y ajant osé dire que le mariage était nul, comme contracté par une fraude, Qnitterie ne put se contenir plus long-temps , et s'écria d'une voix émue qu'elle le confirmait de nouveau.

A ce mot, Gamache furieux, ses parens, ses amis , set valets , mettent l'épée à la main , ac veulent fondre sur Basile. Mille autres épées

i^t DOW QUICHOTTE.

le défendent, et don Quichotte, la lance en arrêt, yole à la tête de ses défenseurs. Sancho, qui toute sa yie avait abhorré cette manière de se disputer , se réfiigia bien yite au milieu des grandes marmites , espérant que ce sanctuaire serait respecté par tous les partis. Les deux troupes allaient se charges, lorsque don Quichotte , d'une yoix terrible , se mit à crier : Que prétendez-yous , soldats du riche Gamache ? Quoi ! dans les champs de Thonneur, les généraux les plus fameux , les plus brayes , les plus habiles , se permettent les stratagèmes; et vous voudriez les interdire aux amans ! Âh ! que l'amour ait au moins les privilèges de la guerre. Quitterie était à Basile , il eut son cœur, il a sa foi; c'est le seul bien qu'il possède au nu)nde; et Gamache en possède tant d'autres ! Gamache , si riche en troupeaux , oserait-il vouloir ravir l'unique brebis du pauvre ? Non , Dieu réprouve ces ravisseurs , et cette lance les punit.

Ce discours, l'air, le ton, la 'mine guerrière de notre héros, intimidèrent tous ceux qui ne le connaissaient pas. Le curé profita de ce moment pour venir prêcher la paix ; bientôt Gamache lui-même, réfléchissant que Quitterie s'était déclarée pour son. rival , voulut lui tendre méprit p<mr méprit , et crut la

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