PARTIE IT, CHAP. XXI. i
diemin de France pour aller portet votre présent à Tinfortunée Bèlerme. Depuis lors, sans savoir comment, Belerme s''est trouvée ici avec vous , moi , votre écujer Guadiana , la bonne duègne Ruidera , sept de ses filles ,' deux de ses nièces , et une infinité d'autres mal*. heureux enchantés par le grand Merlin. Yoilà cinq cents ans que nous j sommes mous nous portons bien , grâce à Dieu\ si ce n'est la duègne Ruidera, ses filles , ses nièces , qui, à force de pleurer, ont été métamorphosées en fontaines. Il est aussi arrive un malheur à votre écujer Guadiana ; il est devenu tout à coup un fleuve. Dès qu'il s'est aperçu qu'il coulait, il a été si affligé de s'éloigner de vous , mon cousin , qu'il est rentré sous la terre : mais le destin, plus fort que lui , le force d'en ressortir et de continuer sa route vers le royaume de Portugal.
Depuis cinq cents ans je vous répète tous les jours ce que je viens de vous dire : vous ne me répondez jamais , ce qui me fait penser que vous ne me crojez point, et me cause une doa^ leur mortelle. Aujourd'hui j'ai du plaisijr à vous annoncer, que le fameiuL don Quichotte de la Manche, dont, le savant Merlin fit .tant de prédictions , est arrivé dans ce palais i j'ai lieu d'espérer que ce héros pourra nous dése»-
tés DON QUICHOTTE.
chanter, car youa saycz (|ue Içg grandes acUon< sont réservées aux grands hommes.
Ah 1 mon cher consin y répond Durandart d'une voix dolente, ie le souhaite «ans m en flatter : à tout événement prenons patience , et mâlnna les eartes. Cela dit, il perd la pa* t^e et se retourne sur le côté.
Au mâme instant , des plaintes , des cris , m ont fait retourner la tête : j'ai vu dans une ildle , à travers les murs de cristal , une procession de fort belles dames , toutes vêtues de deuil , portant des rubans blancs sur la tête. Celle qui marchait la dernière était plus en deuil que les autres , et ses longs voiles traînaient à terre : elle avait les sourcib rapprochés , le nez camard , la bouche grande , les dents assez mal rangées , mais plus blanches que des amandes sans leur peau. Dans ses mains était un mouchoir qui paraissait envelopper quelque chose : ses jeux regardaient ce mouchoir sur lequel ses larmes coulaient.
■Voilà Belerme , m'a dit le vieillard , précédée de Ses femmes , enchantées ici comme elle. Quatre fois la semaine cette triste amante vient faire cette procession autour du corps de son amant. Vous la trouves peut-être moins belle que la renommée ne vous l'avait peinte , mais cinq cents ans de douleur allèrent tou>