PARTIE II, GHAP. XXI. t&j
jours iiii peu la plut fraîche des beautés. Vous vojez qu'elle est fort pâle et qu*elle a les yeux battus. Gardec>yous d'attribuer cette pâleur 2i quelque indisposition : Belerme depuis long^ temps n'a plus aucune indisposition ; c'est le seul chagrin qui fait disparaître les roses de son Tisâge. Sans cela vous poures compter qu'elle égalerait en attraits Dulcinée du Toboso.
Seigneur don Montésinos» ai^jè répondit virement , point de comparaison , s'il tous plait ', rarement elles plaisent à tout le monde.. La sans pareille Dulcinée est ce qu'elle est ; la dame de Belerme a soi^ mérite. Ne disputons point ilb- dessus; Alors Montésinos m'i demandé pardon , et nous sommes restés bons amis. «
Je m étonne., interrompit Sancho, que vous ne sojres pas tombé à coups de poing sur c« vieillard , et que vous né lui ajres pas arraché les poils de la barbe. Non, répondit notre héros : il a fait sur- le > champ réparation à Dulcinée; et je n'oublie jamais le respect ^à aux vieillards , surtout quand ik sont enchantés. Mais , monsieur, dit le jeune guide , je n« puis comprendre que vous ayez vu tant de^ choses pendant une heure tout Au plus que vous avez été dans cette caverne. Ck^mment !
t48 DOH QUICHOTTE.
une heure ! s'écria don Quichotte ; j'ai remarqué trois fois le soleil s^ lever «t se coucher. Ce n'est que le troisième jour que l'ayenture la plus belle , la plus intéressante m'est arrivée. Eh! quelle est -«lie? demanda Sancho. Mon ami , reprit notre chevalier , je me promenais avec Montésinos dans la délicieuse prairie , lorsque tout à coup j'aperçois, jouant ensemble sur le gazon, trois villageoises absolument semblables à celles que nous rencontrâmes sur la route du Toboso. Surpris , troublé de cette vue, j'ai prié le vieillard de me dire s'il connaissait ces trois villageoises. Non, m'a- 1- il dit ^ elles ne sont arrivées que depuis peu ; mais je pense que ce doivent être des princesses enchantées ; car c est ici le rendez» vous de touljfs les victimes des enchanteurs. Ne doutant plus alors que ce ne fût Dulcinée , j'ai volé vers elle ; je l'ai reconnue , et }'ai voulu lui parler; mais, hélas! sans me répondre, sans me jeter un regard , elle a fui comme un faon timide. Je suis resté les bras tendus , dévorant mes pleurs , mes soupirs ; et je me disposais à poursuivre cette fugitive si chère à mon cœur , lorsque le palais , la prairie , Montésinos , tous les objets ont disparu sou-i dain à mes jeux, .
O mon bon Dieu ! s'écria Sancho en . se