ACTE I, SCENE IV
Il se perdra, te dis-je. Atalide, demeure;
Laisse, sans l'alarmer, ton amant sur sa foi. ^
Penses-tu mériter qu'on se perde pour toi ** ?
Peut-être Bajazet, secondant ton envie.
Plus que tu ne voudras aura soin de sa vie.
ZAÏRE
Ah ! dans quels soins, madame, allez-vous vous plonger >? Toujours avant le temps faut-il vous affliger? Vous n'en pouvez douter, Bajazet vous adore. Suspendez ou cachez l'ennui qui vous dévore : N'allez point par vos pleurs déclarer vos amours. La main (|ui l'a sauvé le sauvera toujours. Pourvu 'qu'entretenue en sou eri*eur fatale, Roxane jusqu'au bout ignore sa rivale '. Venez en d'autres lieux enfermer vos regrets. Et de leur entrevue attendre le succès.
ATALIDE
Hé bien, Zaïre, allons. Et toi, bi ta justice De deiix jeunes amants veut punir l'artiBce, 0 ciel î si notre amour est condamné de toi. Je suis la plus coupable, épuise tout sur moi !
1 Ce vers , et ce qui précède, et ce qui suit , tout est plein de délicatesse et de grâce. La situation ne parott pas encore s'y opposer ; mais, à mesure que le péril croîtra, on va voir qu'en faisant son Atalide, Racine étoit encore trop près de sa Bérénice, et ne s'aperçut pas combien ce qui étoit charmant dans l'une alloit devenir petit dans l'autre, et contraire à l'esprit du sujet et à celui de la tragédie. ( L.)
t On est plongé dans le chagrin : Racine a cru pouvoir dire par analogie se' plonger dans les soinSy expression qui n'auroit rien de répréhensible, si le mot soins n'étoit pas un peu foible pour exprimer l'état dans lequel se trouve Atalide.
3 Voilà le nœud de toute Tintrigue clairement indiqué : le succès de la conspiration, la vie de Bajazet, celle d' Atalide, sont attachés à Terreur de Roxane. Cet acte, excellent dans toutes ses parties, est un ^ modèle de la manière dont il faut expliquer un sujet, faire connoitrc les personnages et fonder l'intérêt ; il laisse l'ame du spectateur entre la crainte et l'espérance. (G.)
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