ACTE CINQUIÈME
MONIME, PliOEDIME.
PBWDIIIE.
Madame, où coures-vous? Quels aveii^lus transports Vous font tenter sur vous de criniiiiuls eflorts? Hé quoi! tous avez pu, trop cruelle à vous-iii<^nu\ Faire un affireux lieu d*uu siicré diadème! Ah! ne voye»-vous ikis que les dieux, plus humains. Ont eux-mêmes rompu ce bandeau dans vos mains?
]IO?flllE.
Hé! par quelle fureur, obstinét; à me suivre.
Toi-même malgré moi veux-tu me faire vivre?
Xipharès ne vit plus; le roi, di>ses|M'»n'',
L4ii-même n*attend plus qifun tn'pas assun'î :
Quel fruit te promets-tu de ta conpalile audace? *
Perfide, prétends-tu me livrer à l'tiarnacc?
PHOEDIVE.
Ah! du moins attendez qii*un fidèle rapport De son malheureux frère ait confirmé la mort. Dans la confu^^ion que nous venons d*en tendre, Les yeux peuvent-ils pas aisément se méprendre ^ ** DVibord, vous le savez, un bruit injurieux
1 Cwt^dire datu la con/usion des /ails H de» réeiU que noun vtnoru d'entendre. Une ellipse aussi forte, dit La Harpe, ne scroit pas ezcoaable dans une situation tranquille. Les yeux peuvent-ils pas : le mot pas ne peut seul exprimer la négation. Racine cssayoit d'introduire ce tour dans la poésie; mais l'usage ne l'a point adopté. Un àmit injurieuXj dans le vers suivant, est une de ces expressions dont il est inutile de faire sentir la beauté. Au reste, tout est bref, tout est rapide dans ces six vers , qui renferment cependant beaucoup de dMMs. La aitoation ne permettoit pss de donner de plus longs dévcloppementa à la pensée.
i72 MITHRIDATE.
Le i*angeoit du parti d'un camp séditieux ; Maintenant on vous dit que ces mêmes rebelles Ont tourné contre lui leurs armes criminelles. Jugez de Tun par l'autre, et daignez écouter...
MOXIME.
Xipharès ne vit plus, il n'en faut point douter : L'événement n'a point démenti mon attente. Quand je n'eu aurois pas la nouvelle sanglante *, Il est moçt ; et j'en ai pour garants trop certains Son courage et son nom trop suspects aux Romains. Ah! que d'un si beau sang dès longtemps altérée, Rome lient maintenant sa victoire assurée! Quel ennemi son bras leur alloit opposer! Mais sur qui, malheureuse, oses-tu t'excuser? * Quoi ! tu ne veux pas voir que c'est toi qui l'opprimes, Et dans tous ses malheurs reconnottre tes crimes ? De combien d'assassins l'avois-je enveloppé * ! ' Gomment à tant de coups seroit-il échappé? Il évitoit en vain les Romains et son frère : Ne le livrois-je pas aux fureurs de son père? C'est moi qui, les rendant l'un de l'autre jaloux, Vins allumer le feu qui les embrase tous : •Tison de la discorde, et fatale furie. Que le démon de Rome a formée et nourrie. Et je vis! et j'attends que, de leur san<; baigné, Pharnace des Romains revienne accompagné, Qu'il étale à mes yeux sa parricide joie! I^ mort au désespoir ouvre plus d'une voie ^ :
1 La nouvelle sanglante : expression hardie, et qui paroitroit outrée, si le désordre des esprits de Monime ne la rendoit naturelle. (G. — Trop certains et trop suspects^ dans les deux vers suivants, légère négligence, qu'il eût été facile de faire disparoltre.
t Les reproches que "Monime se fait à elle-même sont fort exagérés aux yeux de la raison ; mais la passion les inspire : et, quoique Monime dise des choses peu raisonnables , elle dit ce qu'elle doit dire dans la situation où elle se trouve; et surtout elle le dit en très beaux vers. (G.)
8 La moflrt au désespoir ouvre plus d'une voie, c'est-à-dire ouvre plus d*une voie pour arriver jusqu'à elle. C'est une ellipse qui donne beaucoup de noblesse à la pensée. Racine le fils s'est donc trompé, en