‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 139 sur 397 · ACTE II, SCENE I. 22S · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENE I. 22S

El loiijours détournant ma vue avec horreur.

Je le vis i son aspect n^avoit rien de farouche ' :

Je sentis le reproclie expirer dans ma bouche;

Je sentis contre moi mon cœur se déclarer;

J*oubiiai ma colère, et ne sus que pleurer.

Je me laissai conduire à cet aimable guide <.

Je Taimois à Lesbos et je Taime en Aulide.

Iphigénie en vain s'offre à me protéger,

Et me Vmd une main prompte à me soulager -

Triste effet des fureurs dont je suis tourinentéi> !

Je n'accepte la main qu'elle m'a prt'seiitée

Que pour m'armer contix; ellc^ et, sans me découvrir.

Traverser son bonheur que je ne puis souffrir.

DORIS

Et (|ue pourroit contre elle une impuissante haine? Xe valoit-il pas mieux, renfenntHî à Mycéne, Éviter les tourments que vous venez chercher. Et c(mibattre des (eux contraints de se caclnT?

ÉRIPHILK.

Je le voulois, Doris. Mais quelque triste ima^c Que sa gloire à mes yeux montrât sur ce riv»«>e, Au sort qui me tratnoit il fallut consentir^ :

1 II le faut avouer, on ne fesait point de tels vers avant Kacinc : Don-seulement personne ne savait la route du cœur, mois presque personne ne savait les finesses de la versification, cet art de rompre lu mesure.

Je le vi« : son upeft n'avoit rien de farouche.

Personne ne connaissait cet heureux mélange de syllabes longues et bfèves, et de consonnes suivies de voyelles, qui font couler un vers avec tant de mollesse, et qui le font entrer dans une oreille sensible et juste avec tant de plaisir. (Volt.)

s II seroit plus exact de mettre par cet aimable guide ; car $e laissf.r noHduirê à quelqu*un, c*est te laisser conduire auprès de quelqu'un. [L. B.) Biais quel tableau qtie celui qu'Ériphile vient de tracer! Quelle poésie, et de sentiment et de style ! le rôle d'Ériphile est une des choses que Racine a le plus fortement écrites. ( L.)

3 Au sort qui mê tratnoit : cet emploi du verbe traîner au lieu du verbe entraîner mérite d'être remarqué. Racine, en préférant le pre • mier au second, qui eût également rempli la mesure du vers, vouloit sans doute, par la dureté de cette expression, fait sentir qu'Eriphile

Une secrète voix m'ordonna de partir, Me dit qu'offrant ici ma présence importune, Peut-être j'y pourrois porter mon infortune ; Que peut-être approchant ces amants trop heureux, Quelqu'un de mes malheurs se répandroit sur eux ^ Voilà ce qui m'amène, et non l'impatience D'apprendre à qui je dois une triste naissance; Ou plutôt leur hyme^i me servira de loi : S'il s'achève, il suffit, tout est fini pour moi : Je périrai, Doris; et, par une mort prompte, Dans la nuit du tombeau j'enfermerai ma honte. Sans chercher des parents si longtemps ignorés. Et que ma folle amour a trop déshonorés.

DORIS

Que je vous plains, madame! et que la tyrannie...

ERIPHILE.

Tu vois Agamemnon avec Iphigénie.

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