‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 141 sur 397 · ACTE II, SCENf II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCENf II

A qui dois-je imputer cette fuite soudaine? Mon respect a fait place aux transports de la reine; Un moment à mon tour ne vous puis-je arrêter? Et ma joie à vos yeux n'ose-t-elle éclater ^ ? Ne puis-je...

AGAMEMNON

Hé bien, ma fille, embrassez votre \}ève ; 11 vous aime toujours.

Que cette amour m*est chère !

et quand elle réveille le petit Oreste qui dort, nous trouvons des mœurs simples ; mais cette simplicité devient ici une grande beauté. Plus cette mère parott empressée de descendre, plus elle paroit contente, plus elle attendrit. Elle a pris pour un augure favorable les premières paroles que lui ont dites les femmes du chœur ; elle ne doute point qu'elle ne vienne célébrer un heureux hymen; elle dit au petit Oreste : X Tu dors, mon fils, le mouvement du char t'a assoupi ; réveille-toi •< pour être témoin du mariage de ta sœur, qui va se faire sous de si u heureux auspices. Tu es déjà illustre par ta naissance, tu vas Têtre il encore par l'alliance avec le fils d'une déesse. » Elle dit à Iphigénie : .« Âpprochez-voiis de moi, afin que ces femmes étrangères voient com- « bien je suis heureuse d'être mère d'une telle fille. » Alors Iphigénie lui demande la permission de se jeter dans les bras de son père :

« Pectus paterno pectori adprinu

Cette arrivée triomphante n'a pu être imitée sur notre théâtre, où l'action ne se passe pas en public. Agamemnon, qui' a reçu dans son appartement Clytemnestre , en sort brusquement ; parcequ'il ne peut soutenir la vue de sa fille ; elle le suit, et étonnée de sa froideur, lui en demande la raison : plus elle lui témoigne de tendresse, plus elle augmente son trouble. Quel spectateur peut retenir ses larmes pendant cette scène si touchante! (L. R.)

1 Cette scène appartient en partie à Euripide.

Iphigénie. » 0 mon père I après une si longue absence, qu'il m'est doux de vous presser contre mon cœur! que j'avois d'impatience de vous revoir ! Excusez mes transports.

Agamemnon. — Ne vous contraignez point, ma fille, vous avez toujours aimé votre père plus que tous ses autres enfants.

Iphigénie. — O mon père 1 que j'ai de plaisir à vous voir après un si long temps !

Agamemnon. — Je partage avec vous ce plaisir ; vos sentiments sont les miens. (G.)

226 JPHIGÉNIE.

Quel plaisir de vous voir et de vous coutempler Dans ce nouvel éclat dont je vous vois briller i ! Quels honneurs! quel pouvoir! Déjà la renommée Par d'étonnants récits m^en avoit informée; Mais que, voyant de près ce spectacle charmant, Je sens croître ma joie et mon étonnement ! Dieux ! avec quel amour la Grèce vous révère l* Quel bonheur de me voir la fille d'un tel père ^ î

AGAMEHNON.

Vous méritiez, ma fille, un père plus heureux.

IPHIGEME.

Quelle félicité peut manquer à vos vœux ?

A de plus grands honneurs un roi peut-il prétendre ?

1 Les petites négligences que Ton remarque dans les vers suivants : Quel plaisir de vous voir dans cet éclat dont je vous vois; un peu plus bas, mais que voyant, et encore quel bonheur de me voir, semblent ne rien ôter à la beauté de ce passage. (L. B.)

ï Iphigénie. — Que vous avez bien fait de m'appeler auprès de vous!

ÂGAMEMyoN, rt part. — Hélas ! je n*osc l'assurer.

Iphigénie. — Quel trouble dans vos regards I Puisque vous nie voyez avec plaisir, pourquoi cette tristesse ?

Agamemnon. — Un roi, un général, a bien des soucis et' des i inquiétudes.

Iphigénie. — Soyez tout à moi dans ce moment ; oubliez les soins de votre rang.

Agamemnon. — Oui, ma fille, mon esprit n'est occupé que de vop.s ; vous êtes seule présente à ma pensée.

Iphigénie. — Déridez donc ce front, adoucissez ce regard.

Agamemnon. — Eh bien ! vois, je souris ; ton seul aspect peut encore appeler le sourire sur mes lèvres.

Iphigénie. — Pourquoi donc une lailne s'échappe-t- elle do vds yeuxl

Agamemnon. — • Nous touchons au moment d'une longue séparation.

Iphigénie. — Que voulez-vous dire, mon père ! Je ne vous ententis pas.

Agamemnon. — Tu ne dois pas m'entendre, tu as raison ; c'est vc qui redouble ma douleur.

Iphigénie. — Je serai moins raisonnable si cela peut dissiper v< s ennuis.

Agamemnon. — Quel tourment! Je ne puis plus me taire. Ma fillo. je suis content de toi. (Acte IIÏ, se. i.) (G )

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