IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS
De cet accueil que dois-je soupçonner?
D'une secrète horreur je me sens frissonner : Je crains, malgré moi-même, un malheur que j*iguore. Justes dieux ! vous savez pour qui je vous implore !
ÉRIPHILE
Quoi ! parmi tous les soins qui doivent Taccabler, Quelque froideur suffit pour vous faire trembler ! Hélas ! à quels soupirs suis-je donc condamnée, Moi qui, de mes parents toujours abandonnée, Étrangère partout, n'ai pas, même en naissant, Peut-être reçu d'eux un regard caressant! Du moins, si vos respects sont rejetés d'un père, Vous en pouvez gémir dans le sein d'une mère ; Et, dé quelque disgrâce enfin que vous pleuriez, Quels pleurs par un amant ne sont point essuyés!
Je ne m'en défends point : mes pleurs, belle Ériphile,
Ne tiendroient pas longtemps contre les soins d'Achille;
Sa gloire, son amour, mon père, mon devoir,
Lui donnent sur jnon ame un trop juste pouvoir.
Mais de lui-même ici que faut-il que je pense?
Cet amant, pour me voir brûlant d'impatience.
Que les Grecs de ces bords ne pouvoient arracher,
Qu'un père de si loin m'ordonne de chercher,
S'empresse-t-il assez pour jouir d'une vue
Qu'avec tant de transports je croyois attendue?
Pour moi, depuis deux jours qu'approchant de ces lieux,
Leur aspect souhaité se découvre à nos yeux.
Je l'attendois partout ; et, d'un regard timide.
Sans cesse parcourant les chemins de l'Aulide,
Mon cœur pour le chercher voloit loin devant moi,
Et je demande Achille à tout ce que je voi.
Je viens, j'arrive enfin sans qu'il m'ait prévenue.
Je n'ai percé qu*à peine une foule inconnue ; Lui seul ne paraît point : le triste Agamemnon Semblé craindre à mes yeux de prononcer son nom. Que fait-il? Qui pourra m'expliquer ce mystère? Trouverai-je Tamant glacé comme le père? Et les soins de la guerre auroient-ils en un jour Éteint dans tous les cœurs la tendresse et Tamoûr? Mais non, c'est Poffenser par d'injustes alarmes : C'est à moi que Ton doit le secours de ses armes. Il n'étoit point à Sparte entre tous ces amants Dont le père d'Hélène a reçu les serments : Lui seul de tous les Grecs, maître de sa parole, S'il part contre liion, c'est pour moi qu'il y vole ; Et, satisfait d'un prix qui lui semble si doux. Il veut même y porter le nom de mon époux ^