‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 144 sur 397 · IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS · texte numérisé non relu

IPHIGÉNIE, ÉRIPHILE, DORIS

De cet accueil que dois-je soupçonner?

D'une secrète horreur je me sens frissonner : Je crains, malgré moi-même, un malheur que j*iguore. Justes dieux ! vous savez pour qui je vous implore !

ÉRIPHILE

Quoi ! parmi tous les soins qui doivent Taccabler, Quelque froideur suffit pour vous faire trembler ! Hélas ! à quels soupirs suis-je donc condamnée, Moi qui, de mes parents toujours abandonnée, Étrangère partout, n'ai pas, même en naissant, Peut-être reçu d'eux un regard caressant! Du moins, si vos respects sont rejetés d'un père, Vous en pouvez gémir dans le sein d'une mère ; Et, dé quelque disgrâce enfin que vous pleuriez, Quels pleurs par un amant ne sont point essuyés!

Je ne m'en défends point : mes pleurs, belle Ériphile,

Ne tiendroient pas longtemps contre les soins d'Achille;

Sa gloire, son amour, mon père, mon devoir,

Lui donnent sur jnon ame un trop juste pouvoir.

Mais de lui-même ici que faut-il que je pense?

Cet amant, pour me voir brûlant d'impatience.

Que les Grecs de ces bords ne pouvoient arracher,

Qu'un père de si loin m'ordonne de chercher,

S'empresse-t-il assez pour jouir d'une vue

Qu'avec tant de transports je croyois attendue?

Pour moi, depuis deux jours qu'approchant de ces lieux,

Leur aspect souhaité se découvre à nos yeux.

Je l'attendois partout ; et, d'un regard timide.

Sans cesse parcourant les chemins de l'Aulide,

Mon cœur pour le chercher voloit loin devant moi,

Et je demande Achille à tout ce que je voi.

Je viens, j'arrive enfin sans qu'il m'ait prévenue.

Je n'ai percé qu*à peine une foule inconnue ; Lui seul ne paraît point : le triste Agamemnon Semblé craindre à mes yeux de prononcer son nom. Que fait-il? Qui pourra m'expliquer ce mystère? Trouverai-je Tamant glacé comme le père? Et les soins de la guerre auroient-ils en un jour Éteint dans tous les cœurs la tendresse et Tamoûr? Mais non, c'est Poffenser par d'injustes alarmes : C'est à moi que Ton doit le secours de ses armes. Il n'étoit point à Sparte entre tous ces amants Dont le père d'Hélène a reçu les serments : Lui seul de tous les Grecs, maître de sa parole, S'il part contre liion, c'est pour moi qu'il y vole ; Et, satisfait d'un prix qui lui semble si doux. Il veut même y porter le nom de mon époux ^

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