‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 148 sur 397 · ACTE U, SCENE V. , 2ir · texte numérisé non relu

ACTE U, SCENE V. , 2ir

Vous ne pouviez sans moi demeurer à Mycène; Me verra-t-on sans vous partir avec la reine?

ÉRIPHILE

Je voulois voir Calchas avant que de partir.

iPHIGÉNIE.

Que tardez-vous, madame, à le faire avenir?

ÉRIPHILE

D'Argos, dans un moment, vous reprenez la route.

Un moment quelquefois éclaircit plus d'un doute. Mais, madame, je vois que c'est trop vous presser ; Je vois ce que jamais je n'ai voulu penser : Achille... Vous brûlez que je ne sois partie.

ÉRIPHILE

Moi? vous mo soupçonnez de cette perfidie? Moi, j'aimerois, madame, un vainqueur furieux, Qui toujours tout sanglant se présente à mes yeux. Qui, la flamme à la main, et de meurtres avide. Mit en cendres Lesbos...

Oui, vous Taimez, perfide i !

Et ces mêmes fureurs que vous me dépeignez, Ces bras que dans le sang vous avez vus baignés. Ces morts, cette Lesbos, ces cendres, cette flamme. Sont les traits dont Tamour Ta gravé dans votre ame*. Et loin d'en détester le ciiiel souvenir, Vous vous plaisez encore à m'en entretenir. Déjà plus d'une fois dans vos plaintes forcées,

1 C'est le seul emportement que le poète ait donné à la douce et timide Iphigénie. Cette jeune princesse va bientôt apprendre Tarrêt de sa mort avec plus de tranquillité qu'elle n'en fait paroître en recevant la nouvelle de l'infldélité de son amant. (G.) — Cela est dans la nature d'une passion violente ; et cette passion est un moyen d'accroître l'intérêt, et de faire ressortir la résignation d'Iphigénie.

î Quelle profondeur dé vérité dans ces vers, sans parler de tous les autres mérites ! Quelle connoissance du cœur humain, et surtout de cette étrange passion de l'amour! et quelle alternative encore de douleur et de joie dans l'ame d'Eriphile, qui tout à l'heure a tant souffert à nos yeux, quand Iphigénie parloit de tous ses droits sur Achille! (L.)

J'ai dû voir et j'ai vu le fond de vos pensées ; Mais toujours sur mes yeux ma facile bonté A remis le bandeau que j'avois écarté.

Vous Taimez. Que faisoi&-je? Et quelle cireur fatale M'a fait entre mes bras recevoir ma rivale? Crédule, je Taimois : mon cœur même aujourd'hui De son parjure amant lui promettoit l'appui. Voilà donc le triomphe où j'étois amenée ! Moi-même à votre char je me suis enchaînée. Je vous pardonne, hélas! des vœux intéressés, Et la perte d'un cœur que vous me ravissez ; Mais que, sans m'avertir du piège qu'on me dresse. Vous me laissiez chercher jusqu'au fond de la Grèce L'ingrat qui ne m'attend que pour m'abandonner, Perfide, cet affront se peut-il pardonner?

ÉRIPHILE

Vous me donnez des noms qui doivent me surprendre, Madame : on ne m'a pas instruite à les entendre ; Et les dieux, contre moi dès longtemps indignés, A mon oreille encor les avoient épargnés ^ Mais il faut des amants excuser l'injustice. Et de quoi vouliez-vous que je vous avertisse ? Avez-vous pu penser qu'au sang d'Agamemnon Achille préférât une fille sans nom, Qui de tout son destin ce qu'elle a pu comprendre, (l'est qu'elle sort d'un sang qu'il brûle de répandre* ?

1 Les grammairiens s'accordent à condamner cet encor, mis pour jusqu'ici; tous conviennent qu'encore ne signifie jusqu'ici que lorsque la phrase est négative. Sans contester cette règle, il est facile de justifier Racine, puisque ce vers, sous l'apparence d'une phrase affirmative, cache une négation : en effet, épargner a ici une force négative ; les nvoient encore épargnés à mon otfiille signifie ne les avoient pas encore fait entendre à mon oreille. ( G.)

4 Cette phrase est très extraordinaire, et je ne sais si l'on trouveroit ailleurs une pareille construction, w Qui n'a rien pu comprendre de son i< destin, si ce n'est que, etc. r. Voilà la phrase régulière. Essayez de construire celle de Racine, vous verrez que le qui ne se rapporte à rien, et n'amène aucun verbe 4 sa suite. Ce n'est là ni une licence ni un gallicisme : c'est tout simplement un barbarisme de phrase. Il n'y a pas moyen d'admettre une construction où le nominatif ne gouverne

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