‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 160 sur 397 · ACTE Ul, SCÈNE V · texte numérisé non relu

ACTE Ul, SCÈNE V

CLTTEMNESTRE.

Je ue m'étonne plus de cet ordre cruel Qui m'a voit interdit TapprdOhe de Tautel.

IPHIGÉNIE, à Achille. '

Et voilà donc Thymen où j'étois destinée!

ABCAS.

Le roi, pour vous tromper, feignoit cet hyménée : Tout le camp même encore est trompé comme vous.

CLYTEMNESTBE.

Seigneur, c'est donc à moi d'embrasser vos genoux.

ACHILLE, la relcTanl.

Ah! madame!

CLYTEMNESTBE.

Oubliez une gloire importune i ; Ce triste abaissement convient à ma fortune : Heureuse si mes pleurs vous peuvent attendrir! Une mère à vos pieds peut tomber sans rougir. Cest votre épouse, hélas! qui vous est enlevée; Dans cet heureux espoir je l'avois élevée.

I La flèrc Clytemnestre tombant aux pieds d'Achille pour lui demander la vie de sa fille, offre une situation bien touchante, que Racine doit à Euripide. Dans l'un et dans Tautre poëte, le discours est digne de la situation : mais le poëte grec n'a rien qui approche de cette élégante, de cette énergique précision. Voici le passage :

Clytemnestre. — Je ne rougirai point de tomber à vos genoux. Mortelle, je puis m'abaisser devant le fils d'une déesse. Qu'ai-je à faire d'une gloire importune î Est- il pour moi quelque chose de plus cher au monde que le salut de ma fille ? Fils de Thétis, secourez une mère au désespoir ; secourez une fille qui a porté le nom de votre épouse, bien en vain, il est vrai. Cependant c'est pour vous que je l'ai couronnée ; c'est à vous que je l'amenois ; et maintenant je la conduis à la mort I Ne sera^e pas pour vous une honte de l'avoir abandonnée! Si ma malheureuse fille n'a pas eu le bonheur d'être unie avec vous, on vous a du moins appelé son époux. Par cette main que je baigne de mes larmes, par votre illustre mère, je vous en conjure, ayez pitié de nous. C'est votre nom qui nous a perdues : c'est un devoir pour vous de nous défendre. Je n'ai plus d'autres autels que vos genoux ; je suis ici sans amis ; vous entendez les projets barbares et sanguinaires d'Agamemnon; vous voyez une femme au milieu d'un camp séditieux, toujours ardent pour le crime. Notre sort est entre vos mains ; osez nous protéger, et nous sommes sauvées. (Acte lY, se. m.) (G.)

Cest vous que nous cherchions sur ce funeste bord ; Et votre nom, seigneur, la conduit à la mort. Ira-t-elie des dieux, implorant la^ustice, Embrasser leurs autels parés pour son supplice? Elle n'a que vous seul : vous êtes en ces lieux Son père, son époux, son asile, ses dieux. Je lis dans vos regards la douleur qui vous presse. Auprès de votre époux, ma fille, je vous laisse. Seigneur, daignez m'attendre et ne la point quitter. A mon perfide époux je cours me présenter : Il ne soutiendra point la fureur qui m'anime, Il faudra que Galchas cherche une autre victime : Ou, si je ne vous puis dérober à leurs coups. Ha fille, ils pourront bien m'immoler avant vous.

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