‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 162 sur 397 · ACTE III, SCENE VI. 3&i · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE VI. 3&i

Àb ! sans doute on 8*en peut reposer sur ma foi. L'outrage me regarde; et, quoi qu'on entreprenne. Je réponds d'une vie où j'attache la mienne. Mais ma juste douleur va plus loin m'engager : C'est peu de vous défendre, et je cours vous venger. Et punir à la fois le cruel stratagème Qui s'ose de mon nom armer contre vous-même.

Ah ! demeurez, seigneur, et daignez m'écouter.

ACHILLE

Quoi! madame! un barbare osera m'insulter!

Il voit que de sa sœur je cours venger l'outrage;

Il sait que, le premier lui donnant mon suffrage,

Je le fis nommer chef de vingt-rois ses rivaux

Et pour fruit de mes soins, pour fruit de mes travaux.

Pour tout le prix enfin d'une illustre victoire

Qui le doit enrichir, venger, combler de gloire.

Content et glorieux du nom de votre époux,

Je ne lui demandois que l'honneur d'être à vous ' :

Cependant aujourd'hui, sanguinaire» parjure,

C'est peu de violer l'amitié, la nature,

(rest peu que de vouloir, sous un couteau mortel,

mais ce seroitmon uom qui Tauroit immolée. Âgamemnon seroit coupable; mais serois-je Innocent, si Je lui avois fourni le prétexte et les moyens du crime 1 Quoi ! cette vierge douce et modeste, après avoir éprouvé ce qae rhumiliation et la douleur ont de plus insupportable et de plus cruel, seroit arrachée à la vie pour avoir espéré de s*unir à moi 1 Âh ! >e serois le plus lâche des Grecs, je serois le dernier des hommes, en un mot un Ménélas, et non pas le fils de Fêlée, si Je souffrois que mon nom servit à commettre un meurtre. Non, J'en Jure par le père de celle qui m'a donné le Jour, par Nérée, nourri au sein des flots, Agamemnon ne touchera pas votre fille : sa main ne se portera pas même à l'extrémité de son voile, (acte IV, se m.) (G.) . 1 Ce vers est peut-être celui de la pièce où Racine s'est le plus écarté des mœurs antiques. Ce n'est plus ici l'Achille d'Homère, c'est un courtisan de la cour de Louis XIV. Jamais, chez les Grecs, un guerrier ne parle de l'honneur d'appartenir à une femme ; Jamais un amant ne dit qu'il seroit à son épouse. Cest une faute sans doute ; mais aussi par combien de beautés elle est rachetée 1 et dans le reste de la scène, on reconnott assez Achille à son orgueil et à ses empor- ■ tements.

252 TPHIGÉNIE.

Me montrer votre cœur fumant sur un autel : D'un appareil d'hymen couvrant ce sacrifice, Il veut que co soit moi qui vous mène au sui»plice, Que ma crédule main conduise le couteau, Qu'au lieu de votre époux je sois votre bourreau ! Et quel étoit pour vous ce sanglant hymenée, Si je fusse arrivé plus tard d'une journée? Quoi donc! à leur fureur livrée en ce moment, Vous iriez à l'autel me chercher vainement ; Et d'un fer imprévu vous tomberiez frappée, En accusant mon nom, qui vous auroit trompée! Il faut de ce péril, de cette trahison, Aux yeux de tous les Grecs lui demander raisoo. A l'honneur d'un époux vous-même intéressée, Madame, vous devez approuver ma pensée.

Il faut que le cruel qui m'a pu mépriser Apprenne de quel nom il osoit abuser.

Hélas ! si vous m'aimez, si, pour grâce dernière.

Vous daignez d'une amante écouler la prière.

C'est maintenant, seigneur, qu'il faut me le prouver :

Car enfin, ce cruel que vous allez braver.

Cet ennemi barbare, injuste, sanguinaire.

Songez, quoi qu'il ait fait, songez qu'il est mon père.

ACHILLE

Lui, votre père? Après son horrible dessein, Je ne le connais plus que pour votre assassin.

C'est mon père, seigneur, je vous le dis encore. Mais un père que j'aime, un père que j'adore, Qui me chérit lui-même, et dont, jusqu'à ce jour. Je n'ai jamais reçu que des marques d'amour. Mon cœur, dans ce respect élevé dès l'enfance. Ne peut que s'affliger de tout ce qui l'offense. Et, loin d'oser ici, par un prompt changement, Approuver la fureur de votre emportement. Loin que par mes discours je l'attise moi-même, Croyez qu'il faut aimer autant que je vous aime Pour avoir pu souft'rir tous les noms odieux Dont votre amour le vient d'outrager à mes yeux.

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