‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 17 sur 397 · BAJAZET, ACOMAT · texte numérisé non relu

BAJAZET, ACOMAT

ACOMAT

Seigneur, qu'ai-je entendu? Quelle surprise extrême! Qu'allez- vous devenir? Que deviens-je moi-même? D'où naît ce changement? Qui dois-je en accaser? Ocielî

Il ne faut, point ici voua abuser.

Roxane est offensée, et court à la vengeance : Un obstacle étemel rompt notre intelligence. Vizir, songez à vous, je vous en averti ; Et, sans compter sur moi, prenez votre parti.

ACOMAT

Quoi?

Vou& et vos amis, cherchez quelque retraite. Je sais dans quels périls mon amitié vous jette: Et j'espérois un jour vous mieux récompenser. Mais c'en est fait, vous dis-je ; il n'y faut plus penser.

ACOMAT

Et quel est donc, seigneur, cet obstacle invincible? Tantôt dans le sérail j'ai laissé tout paisible. Quelle fureur saisit votre esprit et le sien?

Elle veut, Acomat, que je réponse * î

ACOMAT

Ué bien?

L'usage des sultans à ses vœux est contraire:

» Voltaire citoit souvent ce vers £n dérision, et je crois qu'il navoit pas tort. Cela est petit, même pour le fond des choses, et encore plus par l'expression. C'est ici que le rôle de Bajazet commence à être audessous du sujet. Ce malheureux vers annonce toute la misère du personnage qu'il va jouer dans cette scène et dans le reste de la pièce : il ne sera plus Qu'an amoureux de roman, el queV(\VLelo\& ^% cvcckfedie. fL./

Mais cet usage, enfin, est-ce une loi sévère, Qu'aux dépens de vos jours vous deviez observer ? La plus sainte des lois, ah ! c'est de vous sauver, Et d'arracher, seigneur, d'une mort manifeste Le sang des Ottomans, dont vous faites le reste ^ !

Ce reste malheureux seroit trop acheté.

S'il faut le conserver par une lâcheté.

ACOMAT

Et pourquoi vous en faire une image si noire 2? L'hymen de Soliman ternit-il sa mémoire? Cependant Soliman n'étoit point menacé Des périls évidents dont vous êtes pressé.

Et ce sont ces périls et ce soin de ma vie Qui d'un servile hymen feroient l'ignominie. Soliman n'avoit point ce prétexte odieux : Son esclave trouva grâce devant ses yeux ; Et, sans subir 16 joug d'un hymen nécessaire, Il lui fit de son cœur un présent volontaire.

ACOMAT

Mais vous aimez Roxane.

Acomat, c'est assez.

Je me plains de mon sort moins que vous ne pensez. La mort n'est point pour moi le comble des disgrâces; J'osai, tout jeune encor, la chercher sur vos traces ; Et rindigne prison où je suis renfermé A la voir de plus près m'a même accoutumé ; Amurat à nies yeux l'a* vingt fois présentée : Elle finit le cours d'une vie agitée.

Hélas ! si je la quitte avec quelque regret 3...

1 Arracher d'une mort manifeste le sang dont vousfail.es le reste : cette phrase manque à la fois d'élégance et de correction. On ne dit pasyàiVe le reste d'un sang, mais être le reste.

S A quoi se rapporte en11\ faut deviner que c'est au mariage de Bajazet avec Roxane : le sens l'indique ; mais le poëte auroit dû marquer plus exactement ce rapport. (G.)

s Le pronom la sembîe ici se rapporter à la mort^ comme s'y rapportent tous les pronoms qui précèdent*, et ccçenâtaivV ^-^ "^^ coxvawl-

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