‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 190 sur 397 · ACTE V, SCENE If · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE If

En vain vous prétendez, obslini^c à mourir,

Intéresser ma gloire à vous laisser périr :

Ces moissons de lauriers, ces honneurs, ces conquêtes,

Ma main, en vous servant, les trouve toutes prêtes.

Et qui de ma faveur se voudroit honorer

Si mon hymen prochain ne peut vous assui-er > ?

Ma gloire, mon amour, vous ordonnent de vivre :

Venez, madame, il faut les en croire, et me suivre.

IPHIGÉME.

Qui ? moi î que, contre un père osant me révolter.

Je mérite la mort que j'irois éviter?

Où seroit le respect? Et ce devoir suprême...

ACHILLE

Vous suivrez un époux avoué par lui-même. Cest un litre qu'en vain il prétend me voler*. Ne fait-il des serments que pour les violer? Vous-même, que retient un devoir si sévère, Quand il vous donne à moi, irest-ii \miïi votre pèiHi? Suivez-vous seulement ses ordi-es alisolus Quand il cesse de Vèim et ne vous connaît plus ? Enfin c'est trop tarder, ma princesse, et ma crainte...

IPHIGEME.

Quoi, seigneur ! vous iriez jusques à la contrainte ? D'un coupable transport écoutant la chaleur. Vous pourriez ajouter ce comble à mon malheur ? Ma gloire vous seroit moins chère que ma vie? Ah, seigneur! épargnez la triste Iphigénie. Asservie à des lois que j'ai dû respecter,

* Le mot assurer ne signifie mettre en sûreté que dans ce sens, «»snrer une place, un pays, une province. Du temps de Racine, son acception étoit beaucoup plus étendue.

* Racine a jugé sans doute que voler étoit un terme assez noble, puisqu'il l'a déjà employé au commencement de la pièce, acte I, scène m :

El, si quelque insolent lui Toloit sa conquête... (G.;

Mais ce mot a ici une énergie et une insolence qui ne se seroient rencontrée! dans aucun autre mot de la langue. Cest Achille qui parle, il insulte celui qui veut lui enlever sa maîtresse ; le mot le plus bas produit l'effet le plus terrible.

'2Hi IPHI6ÉNIE.

C'est déjà trop pour moi que de vous écouter : Ne portez pas plus loin votre injuste victoire: Ou, par mes propres mains immolée à ma gloire, Je saurai m^afiranchir, daus ces extrémités, Du secours dangereux que vous me présentez.

ACHILLE

Hé bien, n'eu parions plus. Obéissez, cruelle. Et cherchez une mort qui vous semble si belle : Portez à votre père un cœur où j'entrevoi Moins de respect pour lui que de haine pour moi. Une juste fureur s'empare de mon ame : Vous allez à Pautel ; et moi, j'y cours, madame. Si de sang et de morts le ciel est affamé, V Jamais de plus de sang ses autels n'ont fumé. A mon aveugle amour tout sera légitime : Le prêtre deviendra la première victime ; Le bûcher, par mes mains détruit et renversé, •

Dans le sang des bourreaux nagera dispersé ; Et si, dans les horreurs de ce désordre extrême. Votre père, frappé, tombe et périt lui-même, Alors, de vos respects voyant les tristes fruits, Keconnoissez les coups que vous aurez conduits.

Ah, seigneur! Ah, cruel!... Mais il fuit, il m'échappe. 0 toi, qui veux ma mort, me voilà seule, frappe ; Termine, juste ciel, ma vie et mon effroi, Et lance ici des traits qui n'accablent que moi!

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