‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 194 sur 397 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

CLYTKMNESTRE, iEGINE, gardes.

CLYTEMNESTRE

Ah! VOUS n'irez pas seule; et je ne prétends pas... Mais on se jette en foule au-devant de mes pas. Perfides ! contentez votre soif sanguinaire.

vEGINE.

Où courez-vous, madame? et que voulez-vous faire?

CLYTEMNESTRE

Héfasî je me consume en impuissants eftorts,

Et rentre au trouble affreux dont à peine je sors > .

Mourrai-je tant de fois sans sortir de la vie ?

iEGINE.

Ah ! savez-vous le crime, et qui vous a trahie, Madame? Savcz-vous quel serpent inhumain Iphigénie avait retirt' dans son sein ? Ériphile, en ces lieux par vous-même conduite, A seule à tons les Grt>cs révélé votre fuite.

CLYTEMNESTRE

0 monstre, (\uc Mégère en ses flancs a porté * î

t Rentrer au Irovhle, pour retomber dans le trouble, est une expression peu correcte. D'ailleurs le mot trouble est foihlc, même avec répithète affreux, pour exprimer le désespoir et la fureur de l'amour maternel. On peut reprocher au vers suivant quelque recherche dans Isr pensée :

Mourrai-jo tant de fuis sans sortir de la vie !

il est plus dans le goût de Sénèque que dans celui de Racine.

s Toutes ces imprécations de Cl3rtemues\.tc cotvVt^ Tt\^V\V. vï\.V."«»

Monstre, que dans nos bras les enfers ont jeté !

Quoi ! tu ne mourras point ! Quoi ! pour'punir son crime...

Mais où va ma douleur chercher une victime?

Quoi ! pour noyer les Grecs et leurs mille vaisseaux i,

Mer, tu n'ouvriras pas des abîmes nouveaux?

Quoi ! lorsque , les chassant dû port qui les recèle ,

L'Aulide aura vomi leur flotte criminelle*

Les vents, les mêmes vents, si longtemps accusés,

Ne te couvriront pas de ses vaisseaux brisés?

Et toi, soleil, et toi, qui, dans cette contrée,

Reconnois Théritier et le vrai fils d'Atrée,

Toi, qui n'osas du père éclairer le festin.

Recule, ils t'ont appris ce funeste chemin.

Mais, cependant, 6 ciel ! 6 mère infortunée l

De festons odieux ma fille couronnée

Tend la gorge aux couteaux par son père apprêtés!

Galchas va dans son sang... Barbares ! arrêtez :

C'est le pur sang du dieu qui lance le tonnerre...

J'entends gronder la foudre, et sens trembler la terre :

Un dieu vengeur, un dieu fait retentir ces coups*.

Grecs, cette apostrophe au soleil, sont d'une admirable éloquence, et donnent un grand mouvement à notre théâtre. Chez Euripide, Clytemnestre se retire lorsqu'on enlève Iphigénie : les poètes grecs désespésoient de peindre cette douleur extrême, que les paroles semblent devoir affoiblir. (G.)

1 Suivant la remarque de Luneau de Boisjermain, le mot engloutir auroit offert une image plus grande et plus juste. Car on ne peut dire noyer des vaisseaux, comme on dit noyer des Grecs. Cette expression d'ailleurs eût mieux répondu à la belle image :

L'Anlide aura Tomi leur flotte criminelle.

' Dans ce morceau de poésie, quelle variété de sentiments, quelle force d'expressions, que d'images, et que de figures ! Cette répétition du mot monstrCj ces apostrophes à Ériphile, à la mer, au soleil, au , ciel, à elle-même, aux sacriflcatenrs ; ces images d'un monstre sorti des enfers, de la mer ouvrant ses abîmes, du port qui vomit la flotte des Grecs, du soleil qui recule, d'Iphigénie qui, couronnée de festons, tend la gorge aux couteaux, du tonnerre qu'elle croit entendre : toutes les beautés de la poésie la plus grande sont rassemblées dans ces vingt vers, parcequ'ils contiennent une peinture des plus violentH mouvements de la nature. (L. R.)

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