SCÈNE V
CLYTEMNESTRR, ARCA.S, JÎGÏNE, gardes.
ARCAS
N'eu doutez poiut, madame, uu dieu combal pour vous.
Achille, en ce moment, exauce vos prières ;
Il a brisé des Grecs les trop foibles barrières :
Achille est à Tautel. Galchas est éperdu :
Le fatal sacrifice est encor suspendu * .
On se menace, on court, Tair gémit, le fer brille.
Achille fait ranger autour de votre tille
Tous ses amis, pour lui prêts à se dévouer.
Le triste Agamemnon, qui n'ose Tavouer,
Pour détourner ses yeux des meurtres qu'il présajiçe,
Ou pour cacher ses pleurs, s'est voilé le visage *.
Venez, puisqu'il se tait, venez, par vos discours,
De votre défenseur appuyer le secours.
Lui-même de sa main, de sang toute fumante.
Il veut entre vos bras remettre son amante;
Lui-même il m'a chargé de conduire vos pas :
Ne craignez rien.
1 Et l'événement Test aussi jusqu'à la dernière extrémité. .Jamais on n'a porté plus loin ces alternatives de. crainte et d'espérance qui soutiennent la machine du drame et l'attention du spectateur. \ L.)
S C'est Euripide qui a fourni à Racine ce beau trait d' Agamemnon qui se voile le visage. La tragédie françoise n'offrant pas la même' situation que la tragédie grecque, on a dit que l'imitation n'étoit pas heureuse, et qu' Agamemnon, qui voit Achille aux prises avec l'armée, ne devoit pas rester étranger à l'événement. Cependant il est certain qu'Âgamemnon ne peut s'armer pour ceux qui veulent immoler sa fille, sans cesser d'être père, ni combattre pour Achille, qui veut empêcher ce sacrifice, sans cesser d'être roi. Car, si d'un côté il s'agit du sort d*Iphigénie, de l'autre il s'agit du sort de la Grèce assemblée. Agamemnon a donc fait tout ce qu'il devoit comme roi, en cédant aux vœux de l'armée ; à présent le père doit se résigner, et attendre ce que les dieux vont en ordonner, et c'est ce qu'Euripide et Racine ont exprimé par une image sublime.