SCÈNE I
AGOMAT, OSMIN.
ACOMAT
Viens, suis-moi. La sultane en oe lieu se doit rendre ^ . Je pourrai cependant te parier ci fentendre.
OSMIN
Et depuis quand, seigneur, entre-t-on dans ces lieux Dont Taccès étoit même interdit à nos yeux T Jadis une mort prompte eût suivi cette audace.
ACOMAT
Quand tu seras instruit de tout ce qui se passe, Mon entrée en ces lieux ne te surprendra plus. Mais laissons, cher Osmin, les discours superflus. Que ton retour tardoit à mon impatience !
t Cette première scène a toajdun été r^;ardée comme le plus parfait modèle de Texposition d'un sujet. Comme le spectateur doit d^abord être très étomié de voir des hommes dans le sérail, Osmin témoigne sa surprise en y entrant :
Et depuis quand, feigneur, entre-t-on dant ces lienxf
Le yiâr lui répond qu'il va bientôt lui en dire la raison, et qu'il doit auparavant l'entretenir de choses plus pressantes. Cette réponse suffit pour laisser en suspens la surprise d'Osmin et celle des spectateurs. Les derniers vers de la première scène répondent à sa question. (L. R.) — Voltaire a rendu justice à la beauté de cette escposition. « Quelle netteté I dit^l dans une note de Rodogune; conane V»\tt\mcM%fiMb\«i^ sont Mittoneés I Bvee quelle heureuse facilité tout «iX àAn«Vyç^\ ^^<^ art admirable d&na cette exposition de Bajazel f »
Et que d'un œil content Je te vois dansByzance ! Instruis-moi des secrets que peut t'avoir appris Un voyage si long, pour moi seul entrepris. De ce qu'ont vu tes yeux parle en témoin sincère ; Songe que du récit, Osmin, que tu vas faire, Dépendent les destins de Tempire ottpman. Qu'as-tu vu dans Tarmée, et que fait le sultan?
OSMIN
fiabylone, seigneur, à son prince fidèle, Voyoit sans s'étonner notre armée autour d'elle ; Les Persans rassemblés marchoient à son secours. Et du camp d' A murât s'approchoient tous les jours. Lui-même, fatigué d'un long siège inutile, Sembloit vouloir laisser Babylone tranquille ^ ; Et, sans renouveler ses assauts impuissants. Résolu de combattre, attendoit les Persans. Mais, comme vous savez, malgré ma diligence, Un long chemin sépare et le camp et Byzance' ; Mille obstacles divers m'ont même traversé,
1 C'est Schah-Abbas, roi de Perse, qui s'empara, au commencement du règne d'Amurat, de la province et de la ville de Bagdad. Racine appelle cette ville Babylone, quoiqu'elle n'en- ait jamais porté le nom, et qu'elle ait toujours eu celui de Bagdad, ou du jardin de Dad, moine dont la cellule échappa seule avec son jardin à la ruine totale de 8éleucie. Racine a cru que la ville fondée par Séleucus Nicanor ayant été appelée dans la suite Babylone , parcequ'elle s'accrut des débris de cette grande ville, comme son fondateur se l'étoit proposé (PLiNE, liv. VI, chap. XXVI ), la ville de Bagdad pouvoit également être désignée sous le nom de Babylone , puisqu'elle reçut dans son enceinte les habitants de Séleucie , et qu'elle fut , depuis la destruction de cette seconde Babylone, la ville la plus importante de toute la contrée. ( L. B.) t II est bien sûr que la diligence d'Osmin ne fait rien à, la distance qui est entre Byzance et le camp d'Amurat, et que par conséquent ce mot malgré , qui marque l'opposition , n'est pas grammaticalement exact, conrnie l'a observé l'abbé d'Olivet. Mais le sens est si dair, et la phrase si naturellement abrégée par* cette forme d'ellipse, que, bien loin de la reprocher à l'auteur, ^1 faut lui savoir gré d'avoir dit en si peu de mots ce qu'il falloit dire. (L.) — La difficulté qu'auroit trouvée Jiacitte À faire entrer avec élégance dans un vers le nom de Constant/nople, gui à lui seul fonneroit presque un ^éinistàc\ie, Vi\ «ittSiX.'çté^ férer Fanden nqm de Byzance. (L.B.)