ACTE I, SCiNE I. i:s
Et je puis ignorer tout ce qai s^est-paasé.
ACOIUT.
Que faisoient cependant nos braves ja^iisaires ? Rendent-ils au sultan des hommages sincères? Dans le secret des cœurs, Osmin, n'aa-to rien lu? Amurat jouit-il d'un pouvoir absolu ?
OSMIlf.
Amurat est content, si nous le voulons croire, Et sembloit se promettre une heureuse victoire ^ Mais en vain par ce calme il croit nous éblouir : Il affecte un repos dwt il ne peut jouir. C'est en vain que, forçant ses soupçons ordinaires. Il se rend accessible à tous les janissaires : Il se souvient toigours que son inimitié Voulut de ce grand corps retrancher la moitié. Lorsque, pour affermir sa puissance nouvelle. Il vouioit, disoitpil, sortir de leur tutelle*. Moi-même j'ai souvent entendu leurs discours; Gomme il les craint sans cesse, ils le craignent toujours. Ses caresses n'ont point efbcé cette iigure. Votre absence est pour eux un siget de murmure : Ils regrettent le temps à leur grand cœur si doux. Lorsque assurés de vaincre ils combattoient sous vous.
ACOMAT
Quoi ! tu croîs, cher Osmin, que ma gloire passée Flatte encor leur valeur, et vit dans leur pensée? Crois-tu qu'ils me suivroient eneor avec plaisir,
1 D'Olivet n'approuve pas cet imparfait semblait^ qui loi parolt trop proche du présent est content* Louis Racine regarde temhloit comme une erreur typographique, et croit qu'il faut lire.:
Et semble te promettre bdc henreoM Tictoirt. (G.)
Quoi qu'il en Boit, il est certain que le changement de temps demandoit que le temps fût rappelé par un pronom.
I Son inimitié voulut lorgquHl voulait : cette phrase n'est ni correcte ni âégante. On remarque, quelques vers plus haut, cette expression,/w^aM< êêâ soupçons. Louis Racine observe que son père pouvoit mettre aisément malgré ses soupçons, au lieu de forçant ses soupçons : il a trouvé, ajoute-t41, dans ce mot forçant^ une élégance (^ue d'au.t.te& qnemoi y troavejront peut-être.
L'imbécile Ibrahim, sans craindre sa naissance S , Traîne, exempt de péril, une étemelle enfaincé : Indigne également de vivre et de mourir. On Tabandonne aux mains qui daignent le nourrir. L'autre, trop redoutable, et trop digne d*énvie, Voit sans cesse Amufat armé contre sa vie. Car enfin Ba^azet dédaigna de tout temps La molle oisiveté des enfants des sultans. Il vint chercher la guerre ^u sortir de Tenfance, Et même en fit sOus moi la noble expérience. Toi-même tu Tas vu courir dans les combats Emportant après lui tous les ccâurs des soldats, Et goûter, tout sanglant, le plaisir et la gloire ' Que donne aux jeunes cœurs la première Victoire. Mais, malgté ses soupçons, le cruel Amurat, Avant qu'un fils naissant eût rassuré TÉtat, N'osoit sacrifier ce frère à sa vengeance. Ni du sang ottoman proscrire Tespéraiioe. Ainsi donc pour un temps Amurat désarmé Laissa dans le sérail Bajazet enfermé, n partit, et voulut que, fidèle à sa haine. Et des jours de son frère arbitre souveraine, 'Hoxane, au moindre bruit, et sans autres raisons. Le fit sacrifier à ses moindres soupçons. Pour moi, demeuré seul, une jusle colère Tourna bientôt mes vœux du côté de son frère, rentretins la sultane, et, cachant mon dessein, Lui montrai d' Amurat le retour incertain. Les murmures du camp, la fortune des armes ; Je plaignis Bajazet, je lui Vantai ses charmes >,
1 Lorsque Boileau disoit que son ami avoit encore pi as que lui le génie satirique > il citoit pour preuve ces quatre vers si admirables.
IX. R.) s Ses charmes. Cette expression est remarquable. Partout ailleurs que dans cette pièce', Racine ne s'en seroit pas servi, et je n*en connois même aucun autre exemple, si ce n*est dans la fable. On dit bien d'un homme qu'il est charmant, mais on ne parle guère de ses charmes ; c'est une expression que notre langue a réservée poiir les femmes, tant les nuances du langage tiennent aux mœurs. Celles du sérail autôriso/eat cette expression de Racine. On sentira ^isémen^^sans <iu<^ J'«i>