‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 213 sur 397 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

PHÈDRE, OENONE

OENONE

Madame, je cessois de vous presser de vivre;

Déjà même au tombeau je songeois à vous suivre ;

Pour vous en détourner, je n'avois plus de voix ;

Mais ce nouveau malheur vous prescrit d'autres lois.

Votre fortune change et prend une autre face :

Le roi n*est plus, madame; il faut prendre sa place.

Sa mort vous laisse un fils à qui vous vous devez ;

Esdave s'il voiis perd, et roi si vous vivez.

Sur qui, dans son malheur, voulez-vous qu'il s'appuie?

Ses larmes n'auront plus de main qui les essuie ;

Et ses cris innocents, portés jusques aux dieux.

Iront contre sa mère irriter ses aïeux.

Vivez ; vous n'avez plus de reproche à vous faire :

Votre flamme devient une flamme ordinaire ^ ;

1 On scDt qu'il n'y a que Tesdave ŒiM)De qui puisse risquer une proposition si révoltante. Il n'y a ici, dans l'amour de Phèdre, que Tadultère de moins ; mais il n'est ni ordinaire, ni honnête, ni permiv nulle part à une veuve d'épouser le fils de son mari : rola répugne à

r>2i PHÈDRE.

Thésée en expirant vient de rompre les nœuds Qui faisoient tout le crime et Thorreur de vos feux. Hippolyte pour vous devient moins redoutable; Et vous pouvez le voir sans vous rendre coupable. Peut-ôtre, convaincu de votre aversion, Il va donner un chef à la sédition :

Dt'îtrorapez son erreur, fléchissez son courage *. Roi de ces bords heureux, Trézène est son partage; Mais il sait que les lois donnent à votre fils Les superbes remparts que Minerve a bâtis. Vous avez l'un et Taulre une juste ennemie : Unissez-vous tous deux^pour combattre Aricie.

PHÈDRE

Hé bien ! à les conseils je me laisse enti-aîner * ; Vivons, si vers la vie on peut me ramener. Et si Tamour d'un fils, en ce moment funeste. De mes foibles esprits peut ranimer le reste ^.

la nature. Aussi Phèdre ne donne pas la moindre marque d'assentiment à cette idée de sa nourrice, et ne consente vivre que^crr amour pour son fils. (L.)

' On détrompe quelqu'un, on le fait revenir de son erreur ; maïs on ne dit pas également détromper F erreur de quelqu'un. (D'O.)

* Il importe de remarquer que tout l'artifice du plan, jusqu'à la moitié du troisième acte , c'est-à-dire jusqu'au retour de Thésée , tient à ce ressort si habilement imaginé du faux avis de la mort de ce prince, avis qui change d'abord la face des choses en un sens à la fin du premier acte, et la change encore en un sens tout opposé au milieu du troisième. C'est la supposition de la mort de Thésée qui ouvre quelque espérance à Phèdre, et l'enhardit à risquer une déclaration, lorsque auparavant elle ne vouloit que mourir. C'est ensuite Tapparition imprévue de Thésée, et l'effroi qu'elle conçoit des suites terribles de ce qu'elle vient de hasarder, qui la met hors d'elle-même, et qui sert à excuser le consentement qu'elle accorde, comme malgré elle, à l'accusation d'Œnonc. Que d'effets dans un moyen qui paroît si simple ! Ce sont là les ressorts qui appartiennent aux maîtres de l'art, comme la multiplicité des incidents aux artistes médiocres. (L.)

8 Que de profondeur, que de mélancolie dans ces vers ! Comme on sent que Phèdre se fait illusion à elle-même' ! C'est dans l'intérêt d'un fils qu'elle consent à être ramenée. vers la vie , et cette seule expression nous révèle toutes ses secrètes espérances !

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