SCÈNE I
ATALIDE, ZAÏRE
ATALIDE
Zaïre, il est donc vrai, sa grâce est prononcéiî?
ZAÏRE
Je vous L'ai dit, madame : une esclave empressée,
Qui couroit de Roxane accomplir le désir.
Aux portes du sérail a reçu le vizir.
Ils ne m'ont point parlé; mais, mitux qu'aucun langage.
Le transport du vizir marquoit sur son visage
Qu'un heureux changement le rappelle au palais,
Et qu'il y vient signer une étemelle paix.
Roxane a pris sans doute une plus douce voie.
ATALIDE
Ainsi, de toutes parts, les plaisirs et la joie * M'abandonnent, Zaïre, et marchent sur leurs pas. J'ai fait ce que j'ai dû; je ne m'en repens pas.
ZAÏRE
Quoi, madame! Quelle est cette nouvelle alarme?
ATALIDE
Et ne t'a-t-on point dit, Zaïre, par quel charme. Ou, pour mieux dire, enfin, par quel engagement Bajazet a pu faire un si prompt changement * ?
1 Ici commence cette jalousie qui gâte tout, et qui, dans la situation donnée, n'a point d'excuse. Atalide elle-même a parfaitement expliqué, clans sa dernière conversation avec Bajazet, tout ce qui peut rendre ce changement très simple et très vraisemblable , sans qu'il y ait la moindre apparence d'infidélité. Qu'on relise cette dernière scène du second acte ; elle rend toutes celles du troisième inexcusables. Je sais que ces sorles de contradictions, cette espèce de déraison, s'il faut dire Je ]|MBt, sont de l'essence de l'amour. Oui ; mais ce n'est pas cette na-
Tels que j'en vois paraître au cœur de ces amants ; Mais si, par d'autres sdns, plus dignes de.mon âge, Par de profonds respects, par un long esclavage. Tel que nous le devons au sang de nos sultans. Je puis ..
ATALIDE
Vous m'en pourrez instruire avec le temps. Avec le temps aussi vous pourrez me connaître. Mais quels sont ces transports qu'ils vous ont fait paraître?
ACOMAT
Madame, doutez-vous des soupirs enflammés De deux jeunes amants l'un de l'autre charmés?
ATALIDE
Non; mais, à dire vrai, ce miracle m'étonne. Et dit-on à quel prix Roxane lui pardonne? L'épouse t-il enfin?
ACOMAT
Madame, je le croi.
Voici tout ce qui vient d'arriver devant moi : Surpris, je l'avouerai, de leur fureur commune, Querellant les amants, l'amour et la fortune, J'étois de ce palais sorti désespéré.
Déjà, sur un vaisseau dans le port préparé, Chargeant de mon débris les reliques plus chères S Je méditois ma fuite aux terres étrangères. Dans ce triste dessein au palais rappelé. Plein de joie et d'espoir, j'ai couru, j'ai volé. La porte du sérail à ma voix s'est ouverte, Et d'abord une esclave à mes yeux s'est olferte, Qui m'a conduit sans bruit dans un appartement Où Roxane attentive écoutolt son amant.
Tout gardoit devant eux un auguste silence :
* Les reliques d'un débris, pour les restes précieux d'un débris. Le mot relique sans épithète ne se dit que de la dépouille mortelle des saints ; avec une épithète, il peut encore entrer dans le style noble. Geoffroy a trouvé dans cette expression une imitation du relliquiœ ' Danaum de Virgile ; il a été également observé que reliqttes plus chères est ici pour les plus chères. Cette ellipse seroit favorable à la précision et k la. poésie , si Tinversion ne nuisoit pas à Tharmonie dil