‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 21 sur 397 · ACTE 11, SCÈNE V. 4r · texte numérisé non relu

ACTE 11, SCÈNE V. 4r

Feroient par leur désordre uu effet tout coutraire * ; Et de mes froids soupirs ses regards offensés Verroieul trop que mou cœur oe les a point poussés. 0 ciel! combien de fois je Taurois éclaircie, Si je n'eusse à sa haine exposé que ma vie ; Si je n'avois pas craint que ses soupçons jaloux N'eussent trop aisément remonté jusqu'à vous ! Et j'irois Pabuser d'une fausse promesse? Je me parjurerois? et, par celte bassesse... Ah! loin de m'ordonner cet indigne détour, Si votre cœur éU)it moins plein de son amour, Je vous verrois sans doute en rougir la première. Mais, pour vous épargner uue injuste prière. Adieu ; je vais trouver Romane de ce pas, Et je vous quitte.

ATALIDE

Et moi, je ne vous quitte pas.

Venez, cruel, venez, je vais vous y conduire; El de tous nos secrets c'est moi qui veux l'instruire. Puisque, malgré mes pleurs, mon amant furieux Se fait tant de plaisir d'expirer à mes yeux, > Roxane, malgré vous, nous joindra l'un et l'autre : Elle aura plus de soif de mon sang que du vôtre; Et je pourrai donner à vos yeux effrayés Le spectacle sanglant que vous me prépariez.

0 ciel ! que faites-vous?

ATAUDE

Cruel! pouvez-vous croire Que je sois moins que vous jalouse de ma gloire < ? Pensez-vous que cent fois, en vous faisant parler. Ma rougeur ne fût pas prête à me déceler ? Mais on me présentoit votre perte prochaine,

1 Le désordre de la bouche et des yeux n'est pas une phrase françoise, et ne rend pas l'idée de l'auteur. ( L.)

< Il est certain que l'auteur n'a point rendu sa pensée. Atalide vou-

loit dire : Pouvez-^ous croire que je sois moins jalouse de ma gloire

que vous n,^ êtes jaloux de la vôtre î (L. B.) — A.u conltaVie, «iWfe ^enfe\^

dire : J^ouvez-voué croire que ma gloire me touche moins qu'elle ue

raw ioucAe f ( D'O.)

Pourquoi faut-il,. ingrat! quand la mienne est certaine, Que vous n'osiez pour moi ce que j'osois pour vous? Peut-être il suffira d'un root un peu plus doux ; Roxane dan» son cœur peut-être vous pardonne. Vous-même, vous voyez le temps qu'elle vous donne : A-t-elle, en vous quittant, fait sortir le vizir ? Des gardes à mes yeux viennent-ils vous saisir? Enfin, dans sa fureur implorant mon adresse, Ses pleurs ne m'ont-ils pas découvert sa tendresse? Peut-être elle n'attend qu'un espoir incertain * Qui lui fasse tomber les armes de la main. "^ Allez, seigneur, sauvez votre vie et la mieime.

Hé bien... Mais quels discours faut-il que je lui tienne?

ATALIDE

Ah! daignez sur ce choix ne me point consulter 2.

L'occasion, le ciel pourra vous les dicter.

Allez ; entre elle et vous je ne dois point paraître ;

Votre trouble ou le mien nous feroit reconnaître.

Allez : encore un coup, je n'ose m'y trouver.

Dites... tout ce qu'il faut, seigneur, pour vous sauver.

1 Le laoi peut-être revient trois fois dans cette tirade. On remarque un exemple de la même négligence dans la tirade précédente de Bajazet : le mot mais y est également répété trois fois, et le mqt peutêtre s'y trouve encore deux.

2 Quelle foule de convenances justes et fines réunie dans ce vers, auquel le commun des lecteurs ne prend pas garde ! Ce sont ^de ces vers que jamais un homme médiocre ne peut ni trouver ni apprécier. Des auteurs tels que Racine sont encore au-dessus des autres, même quand ils sont au-dessous d'eux-mêmes. (L.)

FIN DU SECOND ACTE

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