‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 231 sur 397 · ACTE III , SCÈNE III · texte numérisé non relu

ACTE III , SCÈNE III

Attendent mon époux pour le dés:il>user.

Mourons : de tant d^borreurs qu'un trépas me délivre.

Est-ce un malheur si grand que de cesser de vivre ^?

La mort aux malheureux ne cause point d'effroi :

Je ne crains que le nom que je laisse après moi.

Pour mes tristes euDinls quel affreux héritage!

Le sang de Jupiter doit enfler leur courage ;

Mais, quelque juste orgueil qu'inspire un sang si l)eau,

Le crime d*une mère est un pesant fardeau.

Je tremble qu'un discours, hélas! trop vérilahlc,

Un jour ne leur reproche une mère cou|)able.

Je tremble qu'opprimés de ce poids odieux.

L'un ni l'autre jamais n'osent lover les yeux.

OENONE

Il n'en faut point douter, je les plains l'un et l'autre; Jamais crainte ne fut plus juste que la vôtre. Mais à de tels affronts pourquoi les exposer? Pourquoi contre vous-même allez-vous déposer? C'en est fait : on dira que Phèdre, trop coupable, De son-époux trahi fuit l'aspect redoutable. Hippolyte est heureux qu'aux dépens de vos jours Vous-même en expirant appuyez ses discours*. A votre accusateur que pourrai-je répondre? Je serai devant lui trop facile à confondre : De son triomphe affreux je le verrai jouir, Et conter votre honte à qui voudra l'ouïr. Ah! que plutôt du ciel la flamme me dévore! Mais, ne me trompez point, vous est-il cher encore? De quel œil voyez-vous ce prince audacieux?

Je le vois comme un monstre effroyable à mes yeux ^.

1 Traduction de cet tiémistiche de Virgile : « Usqae adeone mori miserum est? »

u Est-ce donc un si grand malheur de mourir! » (uEneid., lib. Xll, y, 646.) (G.)

S La grammaire demande appuyiez. (Voyez une note sur le même 8U)et, Mithridate, acte HI, scène m.)

s Trait naturel et vrai, qui peint bien l'illusion que, dans certains moments, la passion se fait à elle-même. Je le voii et à mes yeux

550 PHEDRE

QENONE.

Pourquoi donc lui céder une victoire entière? Vous le craignez : osez Taccuser la première ^ Du crime dont il peut vous charger aujourd'hui. Qui vous démentira ? Tout parle contre lui : Son épée en vos mains heureusement laissée, Votre trouble présent, votre douleur passée, Son père par vos cris dès longtemps prévenu. Et déjà son exil par vous-même obtenu.

PHÈDRE

Moi, que j'ose opprigficr et noircir Tinnocence ^ !

OENÔNE.

Mon zèle n'a besoin que de votre silence. Tremblante comme vous, j'en sens quelques remords. Vous me verriez plus prompte affronter mille morts. Mais puisque je vous perds sans ce triste remède. Votre vie est pour moi d'un prix à qui tout cède : Je parlerai. Thésée, aigri par mes avis. Bornera sa vengeance à Texil de son fils : Un père, en punissant, madame, est toujours père ; Un supplice léger suffit à sa colère.

forment une espèce de pléonasme très excusable dans lo trouble et le désordre de Phèdre. (G.)

i Dans Sénèque, la nourrice dit à Phèdre :

« Regeramus ipsi crimen, atque nltro impiam

« Yenerem arguamus. Scelere velandum est scelus.

« Tutissimnm est inferre, cum timeas, gradum.

« Ausae priores simos, an passœ nefas, •

« Socreta cum sit culpa, quis testis scict ? »

« Rejetons l'attentat snr lui. Nous-mêmes accusons-le d'un amour incestueux. Cachons un crime par un crime. Lorsqu'on craint, le plus sûr est d'avancer toujours. Le secret nous favorise. Quel témoin déposera contre nous! Qui saura distinguer le criminel de la victime! » [Hippolytusy act. III, se. m.)

S Cette réponse, qui respire l'horreur du crime, sort du cœur de Phèdre, et n'est point démentie, quoi qu'on en dise, par la fin de la scène. C'est alors la vue d'Hippblyt« à côté de Thésée, qui bouleverse rame de cette malheureuse femme, au point qu'elle laisse dire et faire d Œnone tout ce qu'elle a proposé. C'est cette adresse dont Euripide et Sénèque sont également loin. [L.)

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