THÉSÉE, HIPPOLYTE, THÉR AMÈNE
THÉSÉE
Quel est l'étrange accueil qu'on fait à votre père, Mon fils?
HIPPOLYTE
Phèdre peut seule expliquer ce mystère.
Mais, si mes vœux ardents vous peuvent émouvoir. Permettez-moi, seigneur, de ne la plus revoir; Souffrez que pour jamais le tremblant Hippolyte Disparoisse des lieux que votre épouse habite.
THÉSÉE
Vous, mon (ils, me quitter?
HIPPOLYTE
Je ne la cherchois pus ; C'est vous qui sur ces bords conduisîtes ses pas. Vous daignâtes, seigneur, aux rives de Tré^ène Confier en partant Aricie et la reine * : Je fus même chargé du soin de les garder. Mais quels soins désormais peuvent me retarder? Assez dans les forêts mon oisive jeunesse Sur de vils ennemis a montré son adresse : Ne pourrai-je, en fuyant un indigne repos, D'un sang plus glorieux teindre mes javelots? Vous n'aviez pas encore atteint l'âge où je louche. Déjà plus d'un tyran, plus d'un monstre farouche Avoit de votre bras senti la pesanteur; Déjà, de l'insolence heureux persécuteur ^,
1 Confier à quiî II faudroit me confier. La phrase n'est pas complète.
* Vainement le poëte a voulu, par une épithète, modifier une expression qu'il sentoit bien être ici en sens contraire. Persécuteur ne peut jamais être pris qu'en mauvaise part. On peut poursuivre les méchants; mais on ne persécute que la vertu : ce sont deux nuances que notre langue ne' permiet pas de confondre^ et le vers de Racine, quoique nombreux, Tonne une dissonance réelle entre la pensée et les mots. C'est