‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 235 sur 397 · ACTE lU, SCENE V · texte numérisé non relu

ACTE lU, SCENE V

Vous aviez des deux mers assun^ les rivages; Le libre voyageur ne craignoit plus d*oulragcs; Hercule, respirant sur le bruit de vos cou|)8. Déjà de son travail se reposoit sur vous K Et moi, fils inconuu d'un si glorieux père, Je suis même encor loin des traces de ma mère! Souffrez que mon courage ost^ enfin s^occuper : Souffrez, si quelque monstre a pu vous t'chapper, Que j'apporte à vos pieds sa dépouille honorable, Ou que d'un b^au trépas la mémoire durable, Éternisant des jours si noblement finis. Prouve à tout l'univers que j'étois votre fds.

TUKSEË.

Que vois-je? Quelle honneur dans ces lieux répandui;

Fait fuir devant mes yeux ma famille éperdue?

Si je reviens si craint et si peu desir<s

O ciel ! de ma prison pourquoi m'as-lu tiit'? ?

Je n'avois qu'un ami : son imprudente flamme'

Du tyran de l'Ëpire alloit ravir la femme;

Je servois à regret ses desseins amoureux;

Mais le sort irrité nous aveugloit tous deux.

Le tyran m'a surpris sans défense et sans armes.

J'ai vu Pirithoiis, triste objet de ukîs larmes,

Livré par ce barbare à des monstres cruels

Qu'il nourrissoit du sang des malheureux mortels.

Moi-môme il m'enferma dans des cavernes sombres.

Lieux profonds et voisins de l'empire des ombres.

Les dieux, après six mois, enfin, m'ont regardé ^ :

au reste la seule incorrection de ce morceau, d'ailleurs plein d'un»noblesse qui caractérise le fils de Thésée. (L.)

1 De son travail ne paroit pas ur.c expression noble et heureuse ; mais on hésite à prononcer, lorsqu'on pense qu'il ne tenoit qu'à Racine de mettre ses Iravatir, et qu'il a préféré son travail. (G.) Racine a préféré 'son travail, parcequ'en parlant d'Hercule, Us travaux auroient signifié les douze travaux. Or, il est clair qu'il ne pouvoit pas dire :

De ses douze travaux so reposoit sur tous.

Son travail, c'est-à-dire sa fâche habituelle d'exterminer les monstres.

2 M'ont regardé: expression tirée de la Bible, pour dire ont euinli'de moi, m'ont regardé favorablement. (G.)

Page 1