ACTE lU, SCENE V
Vous aviez des deux mers assun^ les rivages; Le libre voyageur ne craignoit plus d*oulragcs; Hercule, respirant sur le bruit de vos cou|)8. Déjà de son travail se reposoit sur vous K Et moi, fils inconuu d'un si glorieux père, Je suis même encor loin des traces de ma mère! Souffrez que mon courage ost^ enfin s^occuper : Souffrez, si quelque monstre a pu vous t'chapper, Que j'apporte à vos pieds sa dépouille honorable, Ou que d'un b^au trépas la mémoire durable, Éternisant des jours si noblement finis. Prouve à tout l'univers que j'étois votre fds.
TUKSEË.
Que vois-je? Quelle honneur dans ces lieux répandui;
Fait fuir devant mes yeux ma famille éperdue?
Si je reviens si craint et si peu desir<s
O ciel ! de ma prison pourquoi m'as-lu tiit'? ?
Je n'avois qu'un ami : son imprudente flamme'
Du tyran de l'Ëpire alloit ravir la femme;
Je servois à regret ses desseins amoureux;
Mais le sort irrité nous aveugloit tous deux.
Le tyran m'a surpris sans défense et sans armes.
J'ai vu Pirithoiis, triste objet de ukîs larmes,
Livré par ce barbare à des monstres cruels
Qu'il nourrissoit du sang des malheureux mortels.
Moi-môme il m'enferma dans des cavernes sombres.
Lieux profonds et voisins de l'empire des ombres.
Les dieux, après six mois, enfin, m'ont regardé ^ :
au reste la seule incorrection de ce morceau, d'ailleurs plein d'un»noblesse qui caractérise le fils de Thésée. (L.)
1 De son travail ne paroit pas ur.c expression noble et heureuse ; mais on hésite à prononcer, lorsqu'on pense qu'il ne tenoit qu'à Racine de mettre ses Iravatir, et qu'il a préféré son travail. (G.) Racine a préféré 'son travail, parcequ'en parlant d'Hercule, Us travaux auroient signifié les douze travaux. Or, il est clair qu'il ne pouvoit pas dire :
De ses douze travaux so reposoit sur tous.
Son travail, c'est-à-dire sa fâche habituelle d'exterminer les monstres.
2 M'ont regardé: expression tirée de la Bible, pour dire ont euinli'de moi, m'ont regardé favorablement. (G.)