‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 259 sur 397 · ACTE V, SCENE VI. TiSi · texte numérisé non relu

ACTE V, SCENE VI. TiSi

Mais d'où naissent les pleurs que je te vois répandre? Que fait mon fils?

THÉRAMÈNE

O soins tardifs et su|)erflus!

luutile tendresse! Uippolyte Vcst plus.

THÉSÉE

Dieux !

THÉRAMÈNE

J'ai vu des mortels périr le plus aimable, Et j'ose dire encor, seigneur, le moins coupable.

THÉSÉE

Mou fils n'est plus? Hé quoi! quand je lui tends les bras f^s dieux impatients ont hâté son trépas ? Quel coup me Ta ravi? quelle foudre soudaine?

THÉRAMÈNE

A peine nous sortions des portes de Trézène',

vers de Thésée , et me fit comprendre que la nature y étoit peintr.

(L. R.) i Boileau et Racine, en leur qualité de classiques, ont été traitas comme des anciens par les scoliastes et les commentateurs de profession, au point qu'on feroit un volume de ce ijui a été écrit sur ce seul récit de Théramène, et qu'on trouve dans Saint-Marc une énorme dissertation sur ce seul vers,

Le flot qui l'apporta recule épouvante.

Comme il y a, dans toutes ces diatribes, beaucoup plus de verbiage et de pédanterie que de vraie critique, c'est un avertissement de plus pour nous de nous restreindre purement à l'essentiel. Il est indubitable qu'il y a du luxe de style dans ce récit d'ailleurs si beau; mais ce qui est de trop se réduit à sept ou huit vers à retrancher, et à la description du monstre, qui est trop détaillée. Il est d'ailleurs très naturel que Thésée, accablé d'abord par la terrible nouvelle de la mort de son fils, veuille ensuite en apprendre les circonstances, et d'autant pins qu'elles sont autant de prodiges, effets de la colère des dieux, provoquée par ses imprécations. Il n'est pas moins naturel que Théramène, revenu de cette première épouvante qu'il a dû éprouver, raconte toutes ces circonstances avec toute la vivacité d'une imagination encore frappée des objets conmie s'ils étoient présents ; et de ])lus, le poète a eu soin d'animer le récit des faits par les mouvements et les exclamations, et les interruptions de la douleur. Dans tout cela, rien de répréhensibic, rien que de louable, rien qui d'ailleurs ne soit attendu et même exigé par la curiosité des spectateurs. C'est à quoi n'a pas assez réfléchi

382 PUEDRE.

Il étoil sur son char; ses gardes affligés ^ Imitoient sod silence autour de lui rangés ;

1 Les fils de rois, les rois eux-mêmes, chez les anciens, n'aroient point de gardes. Dans Euripide, lès amis d'Hipp<Uyte lui composent un cortège plus naturel et plus intéressant.

Fénelon, qui aroit tant de goût, mais qui avoit fort peu étudié, comme de raison, l'art du théâtre, que de simples lectures n^enscignent pas assez. Fénelon croit cjuc Théram^ne ne doit pas avoir la force de faire ce récit, ni Thésée celle de l'entendre. C'est une double erreur : la douleur, en pareil cas, dès qu'elle peut écouter, est avide de savoir, et dès qu'elle peut parler, elle est éloquente ; et le poëte, avant son récit, a donné tout ce qu'il falloit aux premiers mouvements de la nature. CV vers fameux ,

Le fl*t qui l'apporta recule épouvanté,

est une imitation de celui de Virgile ;

• Di^sulianl ripse refluiUinc exterritus ainnis. »

Mais j'avoue qu'en cette occasion faire reculer le flot qui apporta le monstre, et le faire reculer d'épouvante, offre un rapport trop ingénieux pour la situation de Théramène. Son imagination ne doit se porter naturellement que sur ce qui tient à l'horreur réelle des objets, et non pas sur des idées qui ne sont que de l'esprit poétique. Cest, je crois, la seule fois où le poëte ait trahi Racine, et l'ait montré derrière le personnage. Le vers est beau ; il seroit admirable dans un récit épique : mais c'est le seul de ceux de l'auteur dont on puisse dire qu'il est trop beau. Quant à la critique de l'abbé d'Olivet sur le prétérit défini apporta y qui ne doit pas, du moins en prose, se dire d'un événement du jour, c'est ici un véritable purisme. S'il n'étoit pas permis envers de dire qui l'apporta pour qui l'avoit apporté; si, dans cent occasions pareilles, on ne pouvoit pas mettre le prétérit pour le plus-queparfait, il ne faudroit pas faire de vers dans notre langue, ou il faudroit la débarrasser de ses détestables auxiliaires, qui la font marcher si lentement. ( L.) — Plusieurs hommes de goût, et entre autres l'auteur du Télémaque, ont regardé comme une amplification le récit de la mort d'Hippolyte. Les longs récits étaient à la mode alors. La ▼anité d'un acteur veut se ftiire écouter. On avait pour eux cette complaisance ; elle a été fort blâmée. L'archevêque de Cambrai prétend 4ue Théramène ne devait pas, après la catastrophe d'Hippolyte, avoir la force de parler si longtemps; qu'il se plalttrop à décrire les cornet menaçantes du monstre, et ses écailles jaunissantes , et sa croup» qui te recourbe ; qu'il devait dire, d'une voix entrecoupée : ffippolytt

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