‹ Œuvres dramatiques, avec les notes de tous les commentateurs, publ. par m. Aimé-MartinChapitre 263 sur 397 · ACTE V, SCEXE VII · texte numérisé non relu

ACTE V, SCEXE VII

Confus, persécuté d'un luorlel souvenir, De Tuniveps entier je voudrois me bannir. Tout semble s'élever contre mon injustice; L'éclat de mon nom même augmente mon supplice : Moins connu des mortels, je me cacherois mieux. Je hais jusques aux soins dont m'honorent les dieux; Et je m'en vais pleurer leurs faveurs meurtrières, Sans plus les fatiguer d'inutiles prières *. Quoi qu'ils fissent pour moi, leur funeste bonU> Ne me sauroit payer de ce qu'ils m'ont ôté.

PHÈDRE

Non, Thésée, il faut rompre un injuste silence ; Il faut à votre fils rendre son innocence : Il u'étoit point coupable *.

THÉSÉE

Ah ! i»ère infortuné !

Et c'est sur votre foi que je l'ai condamué ^ .' Cruelle ! pensez- vous être assez excusre...

1 La pensée de Thésée se porte sur \e.'& prières futures, qui, mémiexaucées, ne pourroient lui rendre le bonheur. Cependant ce \'ers fait entendre que Thésée a déjà fatigué en vain les dieux de ses prières, ce qui n'est pas, car ses prières n'ont été que trop exaucées. ( Voye: acte IV, se. ii et se. m.) — Dans son trouble, Thésée a oublié sh prière, et c'est au moins ce que le pocte a dû supposer.

* Racine s'étoit proposé d'inspirer plus de pitié pour Phèdre coupable que pour Hippolytc innocent, et il en est venii h bout. Pourquoi! En voici, je crois, les raisons : c'est que Phèdre esta plaindre, pendant toute la pièce, par sa passion, ses remords et ses combats, et qu'Hippolyten'està plaindre que par sa mort. Jusque-là, tout calomnié, tout proscrit qu'il est par son père, il a pour lui le témoignage de sa conscience et l'amour d'Aricie. Phèdre, au contraire, estmalhei.reusepar son cœur, malheureuse par son crime, et par conséquent malheureuse sans consolation et sans remède ; en sorte qu'il n'y a personne qui, dans le fond de son ame, ne préférât 1c sort d'IIippolytc au sien, et d'autant plus que l'un |)aroît toujours calme, et l'autre toujours tourmentée. C'est un tableau des malheurs du crime et de ceux de la vertu, et le peintre a mis au bas : Choisissez. (L.)

8 Thésée prononce lui-même son arrêt. Quel père condamne sou fils sur la foi d'une belle-mère 1 Mais ce n'est pa^ mrme sur la foi de Phèdre qu'il a condamné Hippolyte: c'est sur la foi d'Qtlnone, sur li« foi d'une confidente l (G.)

yM\ PHEDRE.

PHÈDRE

I^*s uioiiieiits me soûl chers; écoulez-moi, Thésée : r/est uioi qui, sur ce (ils chaste el respectueux, Osjii jeter un œil profane, inceslueux.

Ia* ciel mit dans mon sein une flamme funeste: La détestable OEnone a conduit tout le reste. Elle a craint qu'Hippolyle, instruit de ma fureur, Ne découvrit un feu qui lui faisoit horreur : Ui |ierlide, alHisimt de ma foiblesse extrême, S'est hàUHi à vos yeux de raccuser lui-même. Elle s*en est punie, et, fuyant mon courroux, A cherché dans les flots un supplice trop doux. Le fer auroil dcja tranché ma destinée; Mais je laissois gémit* la vertu soupçonnée : J'ai voulu, devant vous exposant mes remords. Par un chemin plus lent descendre chez les morts. J'ai pris, j'ai fail couler dans mes brûlantes veines Un poison que Médée apporta dans Athènes. Dt'ja jusqu'à mon cœur le venin parvenu Dans ce cœur expirant jette un froid inconnu ; Déjà je ne vois plus qu*à travers un nuage Et le ciel et l'époux que ma présence outrage; Et la mort, à mes yeux dérobant la clarté. Rend au jour quMls souilloient toute sa pureté *.

< Chez Sénè<ïue, Phèdre vient aussi s^accuser elle-même, et mourir sur le théâtre. Mais ce qui met une grande différence entre les deuy scènes, c'est que la Phèdre du poëte latin n'est point mourante; elle n'est ni affoiblie par le poison, ni accablée par les remords: elle tient en main une épée, probablement celle d*Hippolyte. Elle ose encore braver son époux; elle fait éclater devant lui sa passion pour Hjp* polyte, avec d*autant plus de force et d'audace qu'elle a sous les yeux le cadavre de ce jeune homme, et qu'elle est décidée à mourir. Ses discours, pleins d'extravagances et de déclamations, étinccUcnt pour* tant de quelques beautés (G.) — Elle s'écrie :

"^ « Hippolylc, taies intnor vultiis tuos;

« Talesquc feci!....

« Heu me ! qno tiius fngil docor, « Oculiqne, nostrum sida»? Exanimis jaccs? « Àdes panimper, TcHl)aque exaudi mca : « Nil turpe loquimur. Hac manu pœnas libi

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