LA PIÉTÉ
Du séjour bienheureux de la Divinité, Je descends dans ce lieu par la Grâce habité ' ; L'Innocence s'y plaît, ma compagne éternelle, Et n'a point sous les cieux d'asile plus fidèle. Ici, loin du tumulte, aux devoirs les plus saints Tout un peuple naissant est formé par mes mains : Je nourris dans son cœur la semence féconde Des vertus dont il doit sanctifier le monde. Un roi qui me protège, un roi victorieux, A commis à mes soins ce dépôt précieux. C'est lui qui rassembla ces colombes timides, Éparses en cenl lieux, sans secours et sans guides : Pour elles, à sa porte, élevant ce palais, fl leur y fit trouver l'abondance et la paix.
(irand Dieu, que cet ouvrage ait place en ta mémoire ! Que tous les soins qu'il i)rend pour soutenir ta gloire Soient gravés de (a muin au livre où sont écrits Les noms prédestinés des rois que tu chéris ! Tu m'écoutes; ma voix ne t'est point étrangère : Je suis la Piété, cette fille si chère,
1 Tous les rôles de cette pièce étoient distribués aux demoiselles de Saint-Cyr, lorsque la jeune mademoiselle de Caylus, qui avoit été élevée dans cette maison et n'en étoit sortie que depuis peu de temps, témoigna une grande euvic de faire quelque personnage, ce qui engagea l'auteur à faire pour elle ce prologue très heureusement imaginé. Il ne ressemble point à ces prologues d'Euripide où tout ce qui doit arriver dans la pièce est froidement annoncé. C'est un cadre où Racine a su renfermer délicatement les plus magnifiques éloges du roi, de madame de. Maintenon , et de la communauté de Saint-Cyr.
iL. R.)
* La maison de Saint-Cyr. I A^o/e df i?ffci7ie.)